07 décembre 2009

Au nom de la fraternité arabe : comment les Algériens ont fui l’Egypte

Joueur algérien après son agression en Egypte

Je publie avec un peu de retard cet article envoyé par mon ami de Tunis, Souhail Ftouh, après les incidents très violents entre Egyptiens et Algériens, au moment du premier tour de qualification pour le « Mondial » de football 2010. On se souvient, en effet, que l’équipe d’Algérie et ses supporters avait été agressés à coups de pierres lors de leur déplacement au Caire. La défait algérienne, le samedi 14 novembre, avait ensuite donné lieu à des manifestations violentes et à des destructions dans notre pays, surtout à Marseille, avant que le sort ne bascule à nouveau avec une victoire algérienne au Soudan - ce qui allait inspirer, à nouveau, à des manifestations de rue et des embouteillages monstres de supporters dans les villes françaises : manifestations avec drapeaux algériens que je trouve bien maladroites à l’heure où « l’identité nationale » fait débat, mais c’est un autre sujet ... Ne pensons ici qu’à l’hypocrisie de la « fraternité arabe », courageusement dénoncée par l’auteur de l’article !

Une centaine d’étudiants algériens résidant en Egypte ont décidé de fuir, traumatisés par les vexations et les menaces dont ils font l’objet depuis la qualification, au détriment de la sélection égyptienne, de l’Algérie pour la prochaine Coupe du Monde de football, rapporte le quotidien algérien El-Watan. Le 12 novembre, les supporters locaux avaient accueilli avec des pierres les joueurs de l’équipe d’Algérie venue disputer un match décisif au Caire. Une rencontre supplémentaire, organisée au Soudan, a finalement vu les « Fennecs » se qualifier.
Depuis, les Algériens installés en Egypte en subissent les conséquences. Selon le journal, des ressortissants algériens ont également été humiliés au moment de leur départ à l’aéroport. Certains racontent avoir subi deux séances de fouille corporelle d’affilée avant de pouvoir monter dans l’avion. Déshabillées et laissées nues pendant plusieurs minutes, des femmes auraient été « tripotées » par des policiers égyptiens. Et le personnel de l’aéroport aurait refusé d’acheminer les bagages des passagers algériens jusqu’à l’appareil, en les obligeant à les porter eux-mêmes sur le tarmac.

Néanmoins, une centaine d’étudiants qui se trouvaient en Egypte sont arrivés lundi à l’aéroport Houari Boumediene, à bord d’un vol de la compagnie nationale Air Algérie, à 21 heures. Les familles des étudiants ont fait le déplacement à l’aéroport pour accueillir leurs proches. Des femmes ont lancé des «youyous» en voyant leurs enfants sains et saufs. Les étudiants étaient encore sous le choc de ce qu’ils venaient de vivre en terre égyptienne.
Ils en avaient gros sur le coeur, depuis le fameux match Egypte-Algérie du 14 novembre dernier. Aïcha et Malika, deux étudiantes à l’institut d’études arabes et de la recherche du Caire, racontent leur calvaire et celui vécu par tous les étudiants qui sont actuellement en Egypte :
«Les étudiants algériens sont interdits d’accéder aux universités égyptiennes», témoigne Aïcha, en ajoutant que des chercheurs algériens en stage en Egypte ont été pourchassés par les responsables des instituts et des universités. Malika raconte que même les propriétaires de logements loués n’ont pas hésité à se joindre à l’hystérie collective en Egypte, en procédant à l’expulsion de leurs clients algériens sans aucun remboursement. «Même les commerçants refusent de vendre quoi que ce soit aux Algériens », relate encore Malika, en soulignant que ce sont des étudiants palestiniens qui ont volé au secours des étudiants algériens, notamment pour les achats ou pour les déplacements. «Ce sont nos amis palestiniens qui nous ont assuré le déplacement du lieu Maâdene jusqu’à l’aéroport». Selon certains témoignages, les étudiants algériens changent de quartier et se faisant passer pour des Tunisiens, Marocains, Palestiniens pour ne pas être agressés. B.Zerzour, un autre étudiant, a affirmé qu’il a été contraint de fuir l’Egypte en raison des pressions. Pourtant, dit-il, «je devais soutenir mon mémoire juste après l’Aïd El-Adha».
Ne supportant plus les comportements de certains Egyptiens et les humiliations, un maître assistant de l’université Ahmed Khider de Biskra, de retour à Alger, a juré de ne plus remettre les pieds en Egypte. «Si on déplace La Mecque en Egypte, je n’accomplirai pas le Hadj», a-t-il indiqué en affirmant qu’il a été jusqu’à parler le dialecte égyptien de la rue Abdine jusqu’à l’aéroport pour sauver sa peau. Une étudiante résidant au Caire a affirmé avoir reçu des appels anonymes, avec menaces de mort et injures contre sa personne et contre l’Algérie, et ce avant le match du samedi 14 novembre. Les différents témoignages recueillis auprès des étudiants font état de harcèlement moral, d’escroquerie et d’humiliations de chercheurs algériens par des responsables des universités égyptiennes.

Le comble, selon nos interlocuteurs, est que les services de sécurité égyptiens se contentaient de les recenser seulement en affirmant qu’ils maîtrisaient le situation. Pour ce qui est des agressions physiques, les étudiants rencontrés, avant-hier, ont affirmé que certains ont été agressés à El Djiza, à El Maali, mais sans gravité. Ils ont affirmé que les cas les plus graves sont ceux de deux étudiants agressés à l’arme blanche par des Egyptiens au Caire. «Ces derniers sont pris en charge par notre ambassade en Egypte», ont-ils affirmé.

Les étudiants ayant fui l’Egypte sont porteurs d’un message, plutôt d’un appel aux autorités algériennes pour aider des étudiants sans ressources à rentrer au pays. «Une quarantaine d’étudiants sont coincés au Caire et en Alexandrie », témoigne une étudiante. Elle explique que certains étudiants n’ont pas les moyens de se payer un billet pour le moment vu que leur bourse est bloquée pour des procédures de routine. Elle ajoute que ces étudiants sont dans l’incapacité de se rendre jusqu’à l’ambassade par peur d’être attaqués. Nos interlocuteurs ont également fait état d’étudiants coincés à El Maali. «Ils sont à 9 et 10 dans des appartement loués, après avoir été chassés par certains propriétaires qui leur avaient loué des appartements. Et avec la peur d’être encore une fois expulsés», relatent des étudiants encore sous le choc. Et d’affirmer que les étudiants qui sont encore coincés en Egypte demandent l’intervention des autorités algériennes pour qu’ils rentrent au pays.

Humiliations à l’aéroport du Caire

Les étudiants arrivés avant-hier ont affirmé par ailleurs avoir été humiliés par des agents de sécurité de l’aéroport du Caire : «On a été fouillées, nous et nos bagages à deux reprises», ont affirmé Aïcha et Malika en ajoutant que «des agents ont pris nos parfums, déodorants, dentifrices et même nos brosses à dents».
Une mère de famille ayant accompagné son mari en stage de deux ans a affirmé que des agents de l’aéroport ont vidé le sac à dos, contenant du chocolat de sa petite fille en la laissant hurler devant tout le monde, sous prétexte que c’est du chocolat produit en Egypte ! Une étudiante a témoigné qu’un magasin d’artisanat au sein de l’aéroport a affiché une pancarte sur laquelle est écrit: «les Algériens sont interdits d’entrer au magasin».Un entrepreneur syrien arrivant du Caire à Alger, a connu le même sort que les Algériens. «Ils m’ont demandé que vas-tu faire dans ce pays de chiens ? J’ai répondu que l’Algérie est le pays d’un million et demi de chahids». Il poursuit: «Ils m’ont traité comme les étudiants algériens en me fouillant. Ils ont même jeté mes bagages et ils m’ont piqué les objets qui étaient dans ma trousse de toilette». Etonné, il poursuit, «ils ont même pris mon dentifrice !». Le Syrien a affirmé que «une fois qu’on a franchi les postes de contrôle, nous avons tous répété « Tahya El Djazaïr».

Cette chasse aux Algériens n’a pas épargné aussi un joueur d’origine algérienne (pourtant lié par un contrat avec un club égyptien), qui a quitté l’Egypte sous des menaces de morts
Finalement, le Ahly du Caire a consenti à laisser partir son jeune joueur d’origine algérienne, Amir Saâyoud. En effet, la section football du club égyptien, qui s’est réunie le 24 novembre, a finalement décidé de se séparer de son joueur sur demande de celui-ci après les menaces de mort dont il avait fait l’objet ces derniers jours. Il faut dire que cette issue était inévitable dès lors que la situation est devenue insupportable pour cet Algérien qui s’est recroquevillé dans son domicile depuis la qualification de l’Algérie par peur de représailles.
Des voix se sont levées pour exiger du Ahly la résiliation du contrat de son joueur algérien, recruté cet été, et son extradition en Algérie. Et il semble bien que l’offre du club belge du FC Lierse tombe à point nommé pour les deux parties qui n’ont pas hésité longtemps avant de convenir d’un transfert. Tout est donc fait pour que Amir Saâyoud rejoigne dans les jours à venir le club belge. Tout est aussi fini entre l’Algérien et son club : «Je ne pouvais accepter qu’on touche à ma dignité» a-t-il dit
Cette chasse aux Algériens, humiliation et agression montre bien que la fraternité arabe est une farce. Le paradoxe des pays arabes est que c'est dans les moments de crises hystériques (contre Israël par exemple) ils donnent l'impression d’êtres unis, alors qu’en réalité la fraternité arabe est une utopie. C’est une grosse utopie puisque en dehors de la haine d’Israël les Arabes ne partagent rien d'autre.

Ftouh Souhail,
Tunis

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06 décembre 2009

Soufis, Ismaéliens et confréries : Christian Lochon sera mon invité le 13 décembre

Le Professeur Christian Lochon

Dimanche prochain, nous allons poursuivre notre évocation d’un petit livre aussi original que passionnant, dont nous avions déjà parlé le 29 novembre. Ce livre c’est « Secrets initiatiques en Islam et rituels maçonniques », avec en sous-titre « Druzes, Ismaéliens, Alaouites et confréries soufies », ouvrage publié aux éditions L’Harmattan. Et mon invité sera à nouveau Christian Lochon. Rappelons qu’il a été attaché culturel dans plusieurs pays d’Afrique et du Proche Orient, directeur des études au CHEAM (Centre des Hautes Etudes sur l’Afrique et l’Asie Moderne), et surtout que c’est vraiment un « orientaliste de terrain », ayant vécu dans plusieurs pays du Moyen-Orient. Rappelons aussi qu’il cosigne ce livre avec Jean-Marc Aractingi, lui aussi Orientaliste et ancien diplomate, mais qui connaît parfaitement la franc-maçonnerie puisqu’il a appartenu à plusieurs loges, et justement nous évoquerons ses branches dans le monde arabe. La dernière fois, nous avions évoqué assez longuement les Druzes, nous avions parlé aussi des Alaouites ; nous allons parler cette fois-ci des Ismaéliens, autre « rameau » de cet « arbre chiite » que nous avions évoqué, et qui a donné naissance à plusieurs communautés religieuses de la région. Mais nous parlerons, aussi du Soufisme, et puis des confréries, loges et corporations diverses qui existent au Moyen Orient, et qui ont tissé des liens de solidarité séculaires dans les élites de ces sociétés : comme écrit en introduction, le monde musulman traverse une crise profonde actuellement, et nous verrons ensemble si ces différentes corporations, plus ou moins secrètes, peuvent l’aider à « sortir par le haut » ces différents pays, surtout à un moment où l’islam radical semble s’incruster et se développer, hélas profondément, dans les couches populaires.

Parmi les questions que je poserai à Christian Lochon :
- A propos du Soufisme : est-ce que c’est une recherche syncrétique, une recherche de fusion des croyances ? Ou alors plus simplement une vision pacifique des relations humaines ?
- Page 21 sont donnés des chiffres étonnants : un Soudanais sur trois et un Egyptien sur dix fait partie d’une confrérie soufie. On est un peu étonné, connaissant l’importance des Frères Musulmans en Egypte et le fait que les islamistes soient au pouvoir à Khartoum, or on a vu que les valeurs soufies sont profondément humanistes : qu’en penser ? Et est-ce qu’il n’y a pas le risque, aussi, que des radicaux s’infiltrent dans ces confréries pour les noyauter ?
- A propos du concept de « Futuwwa », qu’on pourrait traduire par « esprit chevaleresque », le livre montre les croisements étonnants entre les cultures de part et d’autres de la Méditerranée : est-ce qu’on peut dire vraiment que l’on a eu une longue influence vers plus de raffinement qui aurait traversé les siècles et les continents, depuis la Perse préislamique jusqu’à l’Europe, en passant par le Proche-Orient ?
- Tout le monde connaît la figure de l’Agha Khan, et toutes ses fondations humanistes : les Ismaéliens peuvent-ils être considérés comme des alliés potentiels pour réconcilier l’islam et la modernité, ou sont-ils « grillés » parce que considérés comme hérétiques ?
- La franc-maçonnerie a été un lieu d’échanges entre communautés religieuses différentes, dans les anciennes colonies et à la fin de l’Empire Ottoman ; mais aujourd’hui, les régimes autoritaires verrouillent presque partout les loges : les musulmans libéraux s’y retrouvent parfois, et ils sont dénoncés par les islamistes radicaux : peuvent-elles avoir à l’avenir une influence sur l’évolution des sociétés arabes ?

Soyez nombreux à l’écoute dimanche prochain !

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03 décembre 2009

Votation suisse sur les minarets : sept réflexions et beaucoup de fantasmes


Le vote surprise de dimanche dernier en Suisse, qui a vu une nette majorité d’électeurs (57 %) se prononcer en faveur de l’interdiction de la construction de minarets, a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans le ciel faussement serein de notre vieille Europe : nouveau « clash » concernant l’islam, et son implantation de plus en visible dans notre continent ; coup de projecteur donné à un petit pays, dont les idées reçues nous disent qu’il est à la fois neutre et sans histoires ; craintes devant la percée d’un parti populiste (l’UDC, Union Démocratique du Centre), dont on nous dit qu’il est le pendant local du Front National ; protestations internationales, de la part des Musulmans, mais aussi du Vatican et du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU, protestant contre une limitation de la liberté religieuse dans la Confédération Helvétique ... qui craint des représailles en retour ; reprise du débat sur les minarets en France, avec rapidement et à la fois, un message un peu brouillé de la part des responsables de l’UMP, eux-mêmes dans la logique d’un autre débat - celui de l’identité nationale - qui est déjà rejeté par la Gauche ; gauche qui (en Suisse, chez nous et dans toute l’Europe) dénonce partout tout ce qui peut « stigmatiser les Musulmans » ; soutien du Front National au vote suisse, qu’il convient peut-être de décoder car on l’a connu récemment plus accommodant vis-à-vis de l’islamisme, soit disant dénoncé par son « parti frère » ; une prise de position du CRIF qui est mal comprise par une partie de la « rue juive » ; enfin, et à propos de cette votation suisse, un flot de commentaires lus sur tous le forums de discussion, et qui témoignent d’une large ignorance du sujet.

Cela fait beaucoup d'agitation, à propos d'un modeste réferendum sur le minaret, que le grand et regretté écrivain algérien Kateb Yacine comparait "à une fusée qui ne décolle jamais" !
Essayons de désembrouiller le débat en apportant un certain nombre de précisions.

1. Le minaret chez nous n’est pas le symbole d’un islam conquérant

La plupart des commentaires lus sur les sites des journaux - et plus modestement, sur ma page Facebook où j’avais lancé le débat - reviennent sur l’envahissement de notre espace laïc par les mosquées, la peur que l’appel du muezzin ne vienne troubler la tranquillité des riverains plusieurs fois par jour, et plus symboliquement que cette architecture, étrangère aux traditions de l’Europe, ne vienne partout envahir le paysage, rendant encore plus visible une expansion démographique des minorités musulmanes. Est rappelée, à cet égard, la terrible déclaration du Premier Ministre turc Erdogan, lorsqu’il n’était encore que le leader de son parti islamiste « modéré » : « les mosquées sont nos casernes, les coupoles, nos casques, les minarets, nos baïonnettes, et les fidèles (musulmans), nos soldats ».
Or, il convient ici de rappeler que - au moins pour notre pays - l’appel à la prière du haut des minarets est strictement interdit (comme est réglementé l’usage des cloches dans les églises), et que les constructions de mosquées font l’objet d’autorisations municipales, avec des limites strictes en ce qui concerne la hauteur des minarets - les plus récents ne dépassent pas 25 m, le plus haut restant celui de la Grande Mosquée de Paris construite dans les années 20 (lire cet article publié par "Le Point"). Par ailleurs, seules 1 % des mosquées sur notre territoire auraient des minarets, qui ont donc un rôle plus décoratif que cultuel : Xavier Bertrand avait donc raison de dire qu’ils ne sont pas indispensables à l’exercice du culte musulman - même si l’UMP s’est ensuite vite rangée à l’avis du «politiquement correct » général en dénonçant l’interdiction suisse des minarets ... minarets qui eux-mêmes sont fort peu nombreux parmi les centaines de mosquées existant déjà dans la Confédération !

2. Le CRIF a eu raison de déplorer les résultats du vote

Ainsi donc se trouve totalement justifiée la prise de position du CRIF qui « déplore la votation suisse » (lire le communiqué) : que pouvait-on attendre de la part de la représentation politique de la communauté juive organisée, communauté qui ne peut se référer en France que par rapport à une appartenance confessionnelle ? Qu’elle soutienne une mesure vexatoire, prise à l’encontre des musulmans d’un pays voisin ? Qu’elle fasse semblant de croire que la laïcité est menacée par les minarets, alors que ce n’est pas exact ? Qu’elle se range du côté du seul parti politique français qui se réjouisse de ce vote, parti d’extrême droite dont le leader a été condamné à plusieurs reprises pour antisémitisme, et sympathisant en plus ... de l’Iran, la puissance islamiste internationale qui nous menace tous et de plus en plus - et là il ne s’agit pas de fantasmes, ni en ce qui concerne le F.N, ni en ce qui concerne les Ayatollahs.
« Marine Le Pen = anti-arabe, Arabes = antisémites », voilà les axiomes qui hélas font de plus en plus de ravages dans la « rue juive » et qui aboutissent parfois à l’équation « Front National = gentils ».

3. La campagne de l’UDC était clairement raciste

Je ne vais pas lourdement insister sur l’affiche qui explique le succès inattendu du « oui » à ce référendum, illustration reprise pour illustrer cet article et qui réunit, avec beaucoup de talents, quelques uns des fantasmes expliquant le vote : hauts minarets de style ottoman, symbolisant peut-être une Turquie effectivement de plus en plus inquiétante, mais aussi inclinés comme des missiles (et là, on pense aux Scuds et à l’Iran !) ; femme voilée, qui symbolise l’intégrisme musulman, et donc mélange de deux débats car il n’était pas question de voter pour ou contre la burqa ! En clair, une campagne à la fois astucieuse et malhonnête, car la crainte légitime de l’islamisme a rallié les suffrages de beaucoup de Suisses. Il n’est peut-être pas inutile de rappeler, enfin et à l’attention des lecteurs juifs de cet article, que l’UDC est un parti populiste, anti-européen, et qui a mené des campagnes (contre les étrangers, contre les homosexuels, etc.) qui devraient mettre mal à l’aise tous les démocrates.

4. Le malaise des Suisses vis-à-vis du monde musulman est réel mais le vote est paradoxal

Le succès des partis populistes, dans la Confédération comme dans l’Europe du Nord (Pays Bas, Danemark) s’explique aussi par l’arrivée de centaines de milliers de musulmans dans des contrées où cette minorité était quasi inconnue : en Suisse, par exemple, ils sont 400.000 soit plus de 5 % de la population. Cependant, un examen plus fin des résultats montre aussi que les populations qui vivent le moins à leur contact - dans les campagnes - ont voté le plus en faveur du « oui », alors que Genève - où on note un afflux d’originaires du Maghreb en provenance de la France, suite à « l’effacement » de la frontière - a voté non (lire ici). Ceci permet de relativiser à la fois les commentaires « bien pensants » de la gauche, ou « simplistes » de l’extrême droite : accuser les Suisses d’être tous devenus des racistes est absurde, car leur vote n’a pas été homogène, et n’a visé que la symbolique (le minaret) et pas la liberté du culte (on n’a pas interdit la construction des mosquées) ; curieusement, ceux qui vivent le plus à leur contact n’ont pas voté en majorité comme on l’aurait attendu ; enfin, la Suisse alémanique qui a voté en majorité « oui » est aussi celle où les sondages d’opinion identifient clairement un antisémitisme récurrent, et plus récemment un rejet d'Israël important - encore un point à méditer par mes lecteurs juifs réjouis par cette « votation » !

5. La votation suisse exprime aussi un malaise par rapport à des épisodes diplomatiques récents

Pratiquement, aucun article de presse ne rappelle les épisodes récents qui ont vu la diplomatie helvétique pratiquer des courbettes à répétition devant les pires spécimens d’un islam politique méchant et agressif, qu’il s’agisse de Kadhafi qui retient toujours en otage deux ressortissants suisses et prétend démanteler leur pays (lire sur mon blog), ou d’Ahmadinejad, à qui la « Cheffe » des Affaires Etangères a rendu visite, voilée et tout sourire (lire aussi ceci sur le blog). Quel est le pourcentage d’électeurs qui a voulu exprimer leur dégoût par rapport à ces évènements récents, en votant sur un tout autre sujet ? On ne le saura jamais, mais le silence de nos médias rend aussi mal à l’aise : tout est ramené à un débat sociétal sur l’islam en Europe, et on oublie trop que « le monde est un village » !

6. Beaucoup de réactions sont hypocrites

Autant je ne me réjouis pas de voir une partie de la « rue juive » reprendre des slogans de l’extrême droite, autant je trouve aussi parfaitement justifié son écoeurement devant les indignations sélectives d’un grande partie de la gauche et du « politiquement correct » : s’indigner de soit disant persécutions anti-musulmanes en Europe ou de menaces imaginaires contre l’exercice de leur religion, alors qu’on maintient un silence de plomb à propos de l’interdiction des Eglises en Arabie Saoudite ou en Algérie, ou face aux massacres (Soudan) ou aux expulsions (Irak) de centaines de milliers de Chrétiens en terre d’islam - sans parler, bien sûr, de la quasi élimination des communautés juives dans ces pays -, est tout à fait insupportable : et que Navi Pillay, la présidente du sinistre « Conseil des Droits de l’Homme » de l’ONU en ait « rajouté un couche » n’est ni étonnant, ni moralement supportable quand on connaît le silence de ces instances vis-à-vis des pires persécutions de la Planète : réentendre à ce sujet, mes interviews d'il y a quelques mois de Malka Marcovich, grande spécialiste de la dérive morale des ces institutions ...

7. Une réflexion de fond s’impose pour ne pas laisser à l’extrême droite le monopole de la gestion de l’islam politique

Je ferai très court, pour conclure, en vous recommandant la lecture d’un article publié sur le blog de Nadia Geerts : lire ici.
Cette militante belge de la laïcité, très engagée contre l’islam radical et ses menaces contre nos sociétés démocratiques, n’a jamais basculé dans la stigmatisation de l’islam ou - pire encore - des populations musulmanes dans leur ensemble. Elle rappelle quelques vérités dans cette publication, le fait que l’on peut comprendre le sentiment de peur de beaucoup d’Européens, mais qu’il n’excuse pas tout et n’importe quoi, comme justement ce vote sur la construction des minarets ...

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02 décembre 2009

Israël - Iran : la guerre de l'ombre

Missiles découverts sur le cargo "Francop"
arraisonné par la marine israélienne

Israël mène une guerre secrète contre Téhéran. Faute de pouvoir attaquer directement avec son aviation les installations atomiques iraniennes, l'État hébreu tente par tous les moyens de retarder le programme nucléaire de la république islamique. Le dernier épisode de cette bataille de l'ombre, où tous les coups sont permis, s'est déroulé la semaine dernière au large de Chypre lorsqu'un commando d'élite de la marine israélienne a intercepté un navire parti d'Iran transportant plusieurs dizaines de tonnes d'armes destinées au Hezbollah libanais.
En règle générale, l'affrontement reste beaucoup plus discret, le «dossier» iranien étant géré par Meïr Dagan, le patron du Mossad. À la tête des services secrets, ce partisan de la manière forte privilégie l'action plutôt que l'analyse. Sa mission est on ne peut plus claire : recueillir le maximum de renseignements sur la localisation des sites utilisés pour l'enrichissement de l'uranium afin de pouvoir, si nécessaire, lancer des raids aériens, comme celui qui avait permis à l'État hébreu de détruire la centrale nucléaire irakienne Osirak près de Bagdad en 1981. En attendant l'application éventuelle de ce scénario, Meïr Dagan recourt à une tactique de harcèlement.
Parmi les stratagèmes utilisés figurent, selon des experts en matière de renseignements, la création ou la prise de contrôle d'entreprises en Europe spécialisées dans la fourniture de matériaux «à double emploi», c'est-à-dire pouvant servir à des fins civiles mais aussi pour le programme nucléaire iranien (machines-outils, équipements électroniques, métaux spéciaux). Une fois la confiance créée, le fournisseur envoie à ses clients des équipements défectueux capables de déclencher des dégâts en chaîne, par exemple dans les centrifugeuses utilisées pour enrichir l'uranium. Les agents israéliens sont également experts dans l'art du sabotage des ordinateurs et l'infiltration de virus informatiques dans des réseaux pour provoquer des pannes, effacer des mémoires ou introduire de fausses données.
Satellites et sous-marins
Une autre méthode moins sophistiquée consiste à détruire ou endommager du matériel destiné à l'Iran dans les ports européens ou à utiliser des commandos lorsque la cargaison suspecte se trouve déjà en pleine mer. Plus expéditif encore, le Mossad s'est vu attribuer des éliminations de scientifiques de haut rang liés au programme nucléaire iranien. En 2007, un de ces experts, Ardeshire Hssanjour, a mystérieusement été empoisonné.
Le Mossad déploie aussi une tactique «périphérique» pour frapper les alliés de l'Iran qui pourraient constituer un danger pour Israël en cas de conflit armé avec Téhéran. Le Hezbollah ainsi que la Syrie sont spécialement dans le collimateur. Les services secrets israéliens sont ainsi suspectés d'
un attentat à la voiture piégée à Damas qui a coûté la vie à Imad Mughniyeh, le chef de la branche militaire de la milice chiite libanaise, en février 2008. En septembre 2007, l'aviation israélienne a détruit en Syrie, près de la frontière irakienne, une centrale atomique construite secrètement par la Corée du Nord. À titre d'avertissement, Tsahal n'a pas hésité à frapper jusqu'au Soudan en mars de cette année lorsqu'un convoi de 17 camions transportant des armes iraniennes
- apparemment destinées au Hamas - a été attaqué par des avions ou des drones de nationalité inconnue.
Pour compléter le tableau, Israël a mis sur orbite plusieurs satellites espions qui surveillent constamment l'Iran. Sur le front maritime, l'État hébreu dispose de plusieurs sous-marins fournis par l'Allemagne, qui peuvent, selon des experts étrangers, atteindre les côtes iraniennes pour des missions de surveillance, tout en transportant à leur bord une force de dissuasion : des missiles de croisière à tête nucléaire.

Marc Henry,
« Le Figaro », 10 novembre 2009

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30 novembre 2009

Horace Vernet, ou la Bible aux couleurs de l’Orientalisme

Juda et Tamar

Une toile sur la Toile
- novembre 2009

Une petite pause artistique, à nouveau pour oublier un peu l’actualité ...
L’Orientalisme a ses signatures célèbres, dont la petite collection de reproductions déjà publiées sur ce blog vous donne une petite idée - cliquer en libellé sur « une toile sur la Toile ».
Leurs oeuvres ont, le plus souvent, étaient peintes à partir de la seconde moitié du XIX ème Siècle, et s’intéressaient principalement à deux pays, du moins pour l’Ecole française : l’Algérie, dont la conquête se consolidait peu à peu ; et l’Egypte, objet de toutes les attentions depuis l’expédition de Bonaparte et les innombrables missions archéologiques. Horace Vernet (1789 - 1863), est à ce titre un peu une exception, car il a vécu à cheval entre les deux Empires : plusieurs de ses toiles représentent des batailles napoléoniennes : mais l’Orient le fascina aussi, et en particulier les combats pour la prise de l’Algérie, immortalisés par sa toile « La prise de la smalah d’Abdel Kader ». On se réfèrera à cet article de Wikipedia pour en savoir plus sur cet artiste.
J’ai choisi cette toile inspirée par un épisode biblique pour illustrer l’oeuvre de ce grand peintre français : des personnages juifs habillés comme des Arabes, voici un article qui ne déparera pas sur mon blog ... !

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29 novembre 2009

Libération de Guilad : un prix très élevé à payer, par Gérard Akoun


Le calvaire de Guilad Shalit s’achèvera t’il dans quelques jours ? Sera t’il enfin libéré après trois ans de détention, dans une solitude totale, sans contact avec l’extérieur ? Sa famille, la très grande majorité des Israéliens l’espèrent, mais ils ne sont pas à l’abri d’une déconvenue.

Le Hamas, qui détient en otage le jeune soldat enlevé en territoire israélien, fait monter les enchères : le nombre de prisonniers palestiniens à relâcher en échange ne cesse d’augmenter, et parmi eux se trouvent des terroristes qui ont commis les attentats les plus sanglants. Israël, et c’est tout à son honneur, avait déjà accepté de pratiquer des échanges inégaux ; dans les années 80, le gouvernement avait relâché plus de mille prisonniers pour « faire revenir trois soldats à la maison » selon la formule consacrée, mais jusqu’à présent, tous les gouvernements qui se sont succédés, avaient refusé de libérer des terroristes qui avaient du sang sur les mains ou les organisateurs des attentats. Il semblerait, que pour sauver le « soldat Shalit », c’est quasiment de cela qu’il s’agit, Benyamin Netanyahou, doive s’y résigner. Il est, en effet soumis à une double pression, celle des israéliens, des jeunes en particulier, qui ont fait de la libération de Shalit une cause nationale, et celle du Hamas qui veut en tirer le plus grand bénéfice, dans sa confrontation, avec Israël, comme avec le frère ennemi du Fatah.

La décision est difficile à prendre pour le gouvernement, sur le plan sécuritaire comme sur le plan politique :
- Sur le plan sécuritaire il n’y a aucune garantie que les palestiniens libérés ne se livrent pas à de nouveaux attentats, et plus grave pour l’avenir, il est à craindre que de nouveaux enlèvements ne soient organisés pour libérer d’autres détenus palestiniens, il y en a environ onze mille dans les prisons israéliennes!
- Sur le plan politique ces libérations vont encore affaiblir Mahmoud Abbas et renforcer le Hamas. L’Autorité palestinienne n’avait pas réussi, il y a quelques mois, à obtenir en négociant avec Israël la libération de quelques centaines de prisonniers, le Hamas en libérera plus d’un millier à la suite d’une prise d’otage, démontrant ainsi aux Palestiniens que la voie de la négociation est un leurre et que seule la violence paye. Les islamistes voudraient aussi obtenir l’élargissement de Marwan Bargouti, le chef des Tanzim du Fatah, une opération politique astucieuse qui leur permettrait de se débarrasser définitivement de Mahmoud Abbas, de négocier, en position de force la réunification des frères ennemis, et de sortir de la nasse dans laquelle ils se trouvent enfermés à Gaza. Ils arriverons à leur fin si des responsables israéliens continuent à faire des paris stupides, comme celui de déclarer « nous ne libérerons jamais Bargouti », paris qui offrent au Hamas l’occasion de faire monter encore les enchères, alors que la libération de Bargouti, décidée librement par les autorités, pourrait constituer un geste politique majeur. Mais quand les dirigeants israéliens comprendront-ils qu’il est plus avantageux politiquement de donner, en transformant l’inévitable en choix délibéré que de céder sous la contrainte ?

Nous souhaitons tous que Guilad Shalit revienne à la maison mais le prix à payer va être très élevé et la décision douloureuse, car il faut aussi penser aux victimes des attentats commis par les terroristes qui vont être libérés, et ces libérations seront d’autant plus mal ressenties qu’elles ne s’effectuent pas dans le cadre d’un accord de paix, qui les rendraient plus supportables.

Gérard Akoun
Judaïques FM 94.8, le 26 novembre 2009

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27 novembre 2009

Antoine Sfeir fait l’éloge de la Tunisie et de son Président Ben Ali ...

Antoine Sfeir

Quelques mots d’introduction, pour présenter de larges extraits de ce nouvel article reçu de mon ami de Tunis, Souhail Ftouh. Je n’ai pas évoqué sur ce blog les élections présidentielles en Tunisie, tenues il y a un mois : devoir de réserve journalistique, et alors que j’ai des ami(e)s tunisien(ne)s aussi bien fervents supporters du Président réélu (comme justement Souhail), que féroces critiques (comme Adnen Hasnaoui, militant pour les Droits de l’Homme et dont vous avez pu lire aussi des articles ici). FaceBook est un meilleur support pour des débats, et j’ai ainsi donné la parole sur ma page là-bas pour des longs et passionnés débats !
J’ai retenu cependant cette article parce qu’il cite largement Antoine Sfeir, orientaliste bien connu des tableaux de télévision et qui a été plusieurs fois mon invité : bonne lecture !

Habitué des plateaux de télévision français Antoine Sfeir, n’hésite pas à défendre l’homme qui a sauvé la Tunisie. Il est déjà monté au créneau à plusieurs reprises. Il l’a récemment refait dans Le Figaro du 23 octobre 2009, « La Tunisie, rempart contre la déferlante intégriste dans la région » :
(...) « La Tunisie a certainement un long chemin devant elle, personne le conteste. Pourtant, force est de reconnaître que le pays progresse régulièrement depuis l’arrivée au pouvoir de Ben Ali. C’est un fait dont tous les organismes internationaux font état dans leurs rapports. C’est cette ouverture et cet assainissement progressifs de la vie publique que je souhaite évoquer aujourd’hui, sans pour autant me voiler la face sur les problèmes qu’il reste à résoudre.
(...)
La condition des femmes est également à mettre au crédit du président sortant : avec 25 % de femmes au Parlement, la Tunisie fait mieux que la France. Comme autrefois la Turquie, qui avait accordé aux femmes le droit de vote dix ans avant la France ... Et tout le monde connaît le rôle actif des députés tunisiens, hommes ou femmes !
En outre, la Tunisie a clairement choisi son camp dans la lutte contre l’intégrisme religieux. Le régime est intransigeant vis-à-vis de tout embryon de prosélytisme islamiste, mais mène parallèlement à sa politique répressive une vaste campagne de pédagogie, appuyée sur une pratique sereine et modérée de la religion. C’est pour cette raison que le pays constitue véritablement un rempart contre la déferlante intégriste dans la région ; c’est pour cette raison également que la Tunisie est un enjeu crucial, et une cible de choix pour l’islamisme et le terrorisme. Si elle venait à tomber, il faudrait craindre à nouveau pour l’Algérie, mais également le Maroc, la Libye et peut-être même l’Égypte, tous menacés par un effet de dominos.
(...) Arrêtons-nous un moment de parler de la Tunisie pour regarder les Tunisiens, qui, eux, agissent », écrit notre courageux intellectuel. Il ne ménage pas sa peine et défend la Tunisie partout où il peut.
Antoine Sfeir, le patron de la revue d’études et de réflexion sur le monde arabe et musulman, l’auteur de Tunisie, terre des paradoxes, parue en 2006, a même fait paraître une revue qui est consacrée à la Tunisie sous la direction de Ben Ali sous le titre « L’exception tunisienne ».
Six grands textes aux titres suggestifs ont l’ambition de présenter « les progrès qui ont été accomplis sur la voie d’une démocratisation et d’un assainissement de la vie publique » selon l’éditorial même d’Antoine Sfeir. Ainsi peut-on lire : La Tunisie Un rempart contre l’intégrisme, la Tunisie dans la cité, Patrimoine archéologique et renouveau culturel, Des succès économiques confirmés, Les instruments de solidarité tunisienne ...
Antoine Sfeir, déclare dans « Les Cahiers de l’Orient », de l’hiver 2010, « cherche à montrer à quel point le peuple tunisien occupe, de plus en plus, une place à part dans l’espace arabe, et apparaît comme un exemple pour toute la région ». Un exemple pour le monde arabe mais aussi pour l’Afrique. C’est du moins, ce que croient aussi les journalistes africains. En effet, il y’a quelques jours seulement des journalistes africains co-auteurs du livre « La Tunisie émergente : une voie pour l’Afrique », publié aux Editions Médiane à Paris, présentaient à Paris leur ouvrage de 262 pages, rassemblant dix-huit contributions de journalistes et personnalités africaines de diverses spécialités. Sfeir présentait son point de vue aux côtés de François Bécet, auteur d’un autre livre intitulé « Le pays, porte ouverte sur la modernité », nouvel ouvrage en hommage à l'oeuvre du Président Ben Ali

D’ailleurs la Tunisie et ses réussites étaient à l'honneur, le 19 Octobre 2009, à Genève, à l'occasion de deux conférences organisées, la première au club suisse de la presse à Genève, dirigée par M. Guy Mettan, député de Genève président du parlement de cette cité, et la deuxième, au Cercle des dirigeants d'entreprises de Genève, présidé par Mme Testa Enza Haegi.Autour du journaliste français, François Bécet et de son confrère Antoine Sfeir, les journalistes suisses et internationaux ainsi que ceux de la presse accréditée auprès des Nations Unies et de nombreuses personnalités du monde économique et universitaire helvétique, ont passé en revue les diverses facettes des réussites de la Tunisie durant ces vingt deux dernières année. Après avoir ouvert, au club suisse de la presse, la première conférence intitulée « Regards croisés sur la Tunisie », M. Guy Mettan a, ensuite, cédé la parole à M. Antoine Sfeir dont le propos a tourné autour du thème: « La Tunisie, un pays qui marche ».
M. Sfeir a évoqué, pour soutenir son propos, les multiples réalisations du pays dans différents domaines, tels l'éducation et la santé, la croissance économique et les multiples mécanismes de solidarité mis en oeuvre par le Président Ben Ali pour redistribuer équitablement les fruits de la croissance économique au sein de la société, comme peut en témoigner, entre autres l'élargissement continu de la classe moyenne qui englobe 80 % de la population. M. Sfeir a, également, souligné le rôle moteur joué par l'Etat tunisien qui a su assumer avec efficacité ses missions au service de ses citoyens et mettre son peuple à l'abri de l'instrumentalisation de l'Islam qui a causé tant de ravages ailleurs. Présentant quelques articles du dossier consacré à la Tunisie par sa revue, M. Sfeir a expliqué les raisons de l'attachement du peuple tunisien qui soutient son leader, grâce à qui il est entré, depuis deux décennies, dans une ère de prospérité et de stabilité sans précédent dans son histoire. Il a également souligné le patriotisme des Tunisiens de tous bords qui, tout en exerçant leur esprit critique quand il le faut, rejettent les tentatives de falsification des réalités auxquelles se livrent certains opposants téléguidés de l'extérieur. M. Sfeir a conclu sur le fait que la Tunisie était certes un pays petit par la taille géographique, mais un pays qui marche et excelle dans de nombreux domaines, et qui pourrait servir de modèle à de nombreux autres, en ce qu'il a réussi en comptant sur une unique matière première : l'intelligence de ses citoyens. Le directeur des Cahiers de l'Orient qui a préfacé le livre de François Bécet n'a pas manqué, en outre, de fustiger les donneurs de leçons occidentaux qui s'acharnent sur la Tunisie, alors qu'il s'agit d'un exemple rare sur le continent africain et dans la région, d'un pays qui marche et avance dans tous les domaines. François Bécet a ensuite présenté son dernier ouvrage « Tunisie, porte ouverte sur la modernité », mettant en relief la « voie propre choisie par le Président Ben Ali ». Une voie authentiquement tunisienne, qui a permis de développer son pays, tout en veillant à la redistribution des richesses. L'auteur a évoqué quelques caractéristiques du modèle tunisien de développement et son bilan largement positif qui est souligné du reste par de nombreuses institutions internationales et instituts mondiaux de notation les plus réputés que l'on ne peut soupçonner de partialité.

Des échanges ont eu lieu par la suite avec le nombreux public présent, permettant aux orateurs d'apporter des éléments de réponse aux préoccupations des uns et des autres. Une autre cérémonie de présentation du livre de François Bécet s'est déroulée à l'hôtel Richemond de Genève, offrant aux deux auteurs l'opportunité d'exposer le modèle de développement solidaire et équilibré mis en oeuvre en Tunisie par le Président Ben Ali.

Le même ouvrage, édité par la maison « Le cherche midi », a été au centre d'une rencontre organisée, le 20 octobre 2009 , à l'Institut du Monde Arabe, à Paris, rencontre à laquelle ont participé plusieurs journalistes et personnalités. (...)

Ftouh Souhail,
Tunis

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26 novembre 2009

"Le voile, marqueur sexuel", par André Dumoulin


C'est un marqueur sexuel et un instrument de propriété. Considéré par Strasbourg comme le "symbole d'oppression de la femme", le voile renvoie à une mentalité patriarcale ancestrale, archaïque et machiste.
Au-delà des signes pluriels du voile islamique qui semble se neutraliser, des enjeux sociétaux et des interrogations autour de la séparation de l’église et de l’Etat, de la laïcité, de la neutralité de l’enseignement, se cache un dispositif en poupée gigogne, sorte de sarcophage à la Toutankhamon où la pièce finale recouvrant au plus près la momie est la plus importante, la plus signifiante. Que cache le voile? Que nous voile-t-il?
Le problème du voile demeure incompréhensible si on ne tient pas compte des règles qui sont associées à la pudeur. Le voile est alors obsessionnel, ne laissant rien apparaître, faisant en sorte qu’il devient un marqueur sexuel de femmes soumises consciemment ou inconsciemment aux hommes. A tel point d’ailleurs que le voile peut être porté comme protection afin d’éviter souvent d’être importuné ou agressé par la jeunesse machiste souvent d’origine immigrée pour des raisons culturelles et éducationnelles propre en cela au legs sociétal et culturel méditerranéen.
Qu’est-ce à dire? Que le voile est bien la métaphore de la virginité. Le voile semble d’ailleurs dire souvent à la fois une propriété (de l’homme) et une "non disponibilité" pour les non-musulmans. En fait, par un retournement de signe, le voile doit cacher la chevelure érotisée pour ne pas susciter le regard concupiscent de l’homme, le désir de l’homme. En d’autres mots, pour certains hommes, si elle ne se recouvre pas, la non-voilée musulmane va porter la responsabilité des éventuelles violences sexuelles, harcèlements verbaux ou opprobres dont elle pourrait être victime. Toute l’importance donc du "vu", du "non-vu" et de "l’entre-vu" (Chebel).
Ce port du voile "pour avoir la paix" et pour préciser une "indisponibilité sentimentale" est bel et bien le symbole de cette codification du regard, faisant finalement en sorte que c’est la femme qui est responsable du regard concupiscent de l’homme; sachant que la chevelure est considérée comme un appât séducteur. Le "camisolage" des femmes qui "protège d’une violence mâle" fait que la femme elle-même devient en quelque sorte responsable du comportement des hommes. Ce retournement de signe illustrant le patriarcat a ceci de problématique qu’il entérine l’inégalité des sexes, l’infériorité et la soumission des femmes mais aussi donne argument à ceux qui condamnent la mixité des lieux sociaux.Ceci tend à montrer que le voile n’a rien de religieux - la Sunna et le Coran ne l’imposent pas - mais est en définitive un marqueur sexuel et un instrument de propriété. Le voile n’a donc rien d’innocent et le plus généralement les adolescentes elles-mêmes "se voilent la face" quant au caractère résolument machiste du tissu.
C’est ce caractère inégalitaire entre les sexes qui fait que la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pourtant défenderesse de la liberté de religion, a condamné des plaignantes qui souhaitaient défendre le port du voile, car considéré par Strasbourg comme le "symbole d’oppression de la femme", en y associant l’idée que la manifestation d’une religion peut être restreinte afin de préserver des valeurs fondamentales.
Sachant les nombreuses années qu’il a fallu dans nos contrées pour tenter de réduire les inégalités hommes-femmes, toute dévalorisation juridique et sociale de la femme avec mise sous tutelle masculine subtile via le port du voile porte en définitive atteinte aux grands principes fondamentaux inscrits dans le traité de Lisbonne.
En définitive, l’argumentaire pour ou contre le port du voile ne réside pas, comme on l’entend souvent, autour de la liberté de croyance et de religion - prétexte et paravent - mais sur la dimension sexiste d’un tissu hautement signifiant aux multiples interprétations leurres.De même, lorsque le rapport intermédiaire de la Commission du dialogue interculturel (décembre 2004) considéra que l’on ne peut statuer a priori sur la symbolique plurielle du voile - estimant dès lors que le débat est sans fin -, elle plaçait les différents sens du voile comme des piliers égaux formant un temple, alors qu’en réalité il faut lire le voile comme des poupées russes : la poupée la plus "enfouie" et la plus petite étant l’explication première, primale, amenant et organisant les autres sens subordonnés. C’est ce vecteur explicatif initial qu’il faut mettre en évidence et dénoncer pour des raisons humanistes.
La dimension sexuelle du voile avec son rapport à la chevelure est d’autant plus avérée que l’on oblige les femmes occidentales non musulmanes à se voiler lors de visites dans certains pays musulmans. Qu’une élève à qui on avait interdit le voile à l’école s’était coiffée d’un béret basque, une autre d’un bonnet de ski, tandis qu’une autre encore s’était rasée le crâne pour effacer "l’objet impudique". Signes s’il en est du rapport étroit entre la chevelure, la pudeur, la propriété du mâle. Dans ce registre, ce n’est pas le voile qui est ostentatoire, mais le corps féminin lui-même.
Si nous connaissons la permanence des interdits sexuels et des discriminations sexistes dans toutes les religions monothéistes, force est de constater, à la lumière ces différentes interprétations gigognes du voile, que la question du port du voile est une thématique en apparence religieuse, stimulée et instrumentalisée par les fondamentalistes, mais dissimulant en réalité une dimension affective et sexuelle, renvoyant elle-même à une mentalité patriarcale ancestrale, archaïque et machiste.
La question du voile et la claustration vestimentaire ne peuvent donc se résoudre dans le segment religieux, quelle qu’en soit l’apparence, mais dans un argumentaire sur l’émancipation, l’égalité, les droits de la femme et la raison. Cette raison qui fait que l’on ne peut expliquer l’égalité des sexes à des jeunes si, dans la classe, ils se trouvent confrontés à une situation démontrant exactement le contraire.

André Dumoulin, Agrégé en philosophie morale. Politologue
Article publié dans le journal « La libre Belgique », 10 novembre 2009

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24 novembre 2009

Liberté d’expression en Afghanistan : un film ce jeudi soir à Sciences Po

Je relaie avec plaisir cette information, reçue de l’Association amie « Le Cercle ».

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Le Cercle - Section Sciences Po, en coopération avec « European Foundation for Democracies » et l’association « Afrane », vous convie à la projection de :
« Afghan Star - le documentaire »
Projection suivie d’un débat avec Daoud Sediqi
Créateur et ancien animateur de « Afghan Star »
Jeudi 26 Novembre 2009 à 19h00 - (accueil à partir de 18 h 30 )
Sciences Po - 28 Rue des Saint Pères - 75007 Paris - Amphithéâtre Albert Caquot - (entrée libre)
Plusieurs fois primé au festival Sundance 2009, ce documentaire retrace la création et la réalisation de l’émission de téléréalité qui a mis en émoi la société civile afghane. La projection sera suivie d’un débat avec Daoud Sediqi, créateur et animateur de « Afghan Star », sur les enjeux en matière de liberté d’expression auxquels l’Afghanistan est aujourd’hui confronté.

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23 novembre 2009

En Égypte, la bataille du niqab a commencé ...

Groupe de femmes en niqab, Egypte

Une déclaration de guerre. Pour une partie de la société égyptienne, c'est ainsi qu'a été perçue la décision du cheikh d'al-Azhar, Mohammed Tantaoui, de contraindre une fillette de 12 ans à retirer son niqab lors d'une récente inspection d'une école. Depuis, la polémique fait rage entre opposants et partisans du voile intégral. Peu répandu il y a une dizaine d'années, le niqab s'est banalisé sous l'influence, notamment, des travailleurs égyptiens rentrant du Golfe imprégnés des valeurs wahhabites saoudiennes, mais aussi du boom des chaînes satellitaires religieuses, en particulier salafistes. Selon une étude officielle publiée l'été dernier, près de deux Égyptiennes sur dix le porteraient désormais, surtout dans les campagnes.
L'État égyptien, qui a d'abord laissé faire, semble décidé à s'attaquer au signe extérieur le plus visible d'une certaine radicalisation de la société. Après plusieurs escarmouches dans les cités universitaires ou les hôpitaux publics, il a donc envoyé au feu le cheikh d'al-Azhar, dont l'institution, la plus prestigieuse du monde sunnite, se veut la vitrine d'un islam modéré, mais dont le crédit personnel pâtit d'être nommé par le président de la République. «Le port du niqab en présence de femmes est un genre de rigorisme rejeté par la charia islamique», a affirmé le grand imam, précisant que son interdiction se limiterait aux établissements d'al-Azhar «réservés aux filles et où l'enseignement est assuré par des femmes». Il reste donc autorisé dans les écoles mixtes.
En avançant l'argument religieux, l'État sait qu'il s'aventure en terrain dangereux. En 2007, le Tribunal administratif suprême a en effet désavoué l'université américaine du Caire, qui avait fermé ses portes aux monaqqabates ( porteuses du voile intégral). Dans un verdict alambiqué, la justice a estimé que le niqab n'était certes pas une obligation religieuse, mais que son port étant permis, il n'était pas possible de l'interdire ... Ce qui n'a pas dissuadé le ministre de l'Enseignement supérieur d'emboîter le pas du cheikh d'al-Azhar en bannissant à son tour par décret le niqab des cités universitaires. Alors que des dizaines de monaqqabates manifestaient contre cette décision, notamment à l'université du Caire, les Frères musulmans ont demandé le retrait du décret et le renvoi du cheikh d'al-Azhar. «Le niqab est une vertu, comment peut-on condamner la vertu ?», a argumenté Hamdi Hassan, porte-parole de la confrérie au Parlement.
L'argument hygiéniste
Les islamistes ont reçu sur ce terrain des soutiens inhabituels, notamment d'organisations des droits de l'homme et même d'éditorialistes de la presse de gauche, qui ont contesté l'interdiction au nom de la «liberté personnelle».
«C'est une violation flagrante de la liberté de croyance. Le cheikh d'al-Azhar peut dire aux musulmans s'il existe ou non un lien entre le niqab et l'islam, mais il n'a pas le droit de dire aux gens comment s'habiller», a ainsi estimé l'activiste des droits de l'homme Hossam Bahgat.
Face à la résistance d'une société de plus en plus conservatrice, les autorités égyptiennes cherchent encore la meilleure façon de traiter le problème. En février, le ministre de la Santé, Hatem el-Gabali, a ainsi brandi l'argument hygiéniste pour tenter d'interdire par décret le port du voile intégral dans les hôpitaux publics, où plus du tiers des infirmières auraient déjà opté pour cet «uniforme». «Le port du niqab et des gants ne permet pas de préserver l'hygiène car les infirmières ne stérilisent pas les gants après chaque contact avec les malades», a justifié le ministre. L'argument nationaliste a aussi été avancé, notamment par la presse gouvernementale, qui a fustigé une «pratique importée, contraire aux valeurs égyptiennes». Modèle du genre, le journal Rose al-Youssef a même affirmé que Le Caire ressemblait de plus en plus à Tora Bora, la région qui servit de refuge aux talibans et à Oussama Ben Laden au début de la guerre en Afghanistan.
Mais c'est surtout l'argument sécuritaire qui est mis en avant. Les autorités ont affirmé à de nombreuses reprises que le niqab avait servi à perpétrer des attentats, notamment près de la citadelle du Caire en 2005, et divers actes criminels. La semaine dernière, la ministre de la Famille et de la Population, Moushira Khattab, une proche de la première dame, Suzanne Moubarak, a ajouté à cette liste l'immoralité en stigmatisant des cas où des hommes se seraient dissimulés sous un niqab pour entrer dans des bâtiments réservés aux femmes ... Entre vice et vertu, le débat est loin d'être tranché.

Tangi Salaün

Le Figaro, 22 octobre 2009


Nota de Jean Corcos :

Je vous invite à découvrir ou à relire
cet article du blog, sous la signature de mon ami tunisien Souhail Ftouh. Il faisait l’éloge du Cheikh Tantaoui (dont le nom est aussi orthographié « Tantawi »), pour son ouverture d’esprit en matière de dialogue interreligieux. Il vient à nouveau de montrer son courage à propos du Niqab, qui comme la Burqa est devenu le drapeau d’un islam fermé, misogyne et sectaire.

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21 novembre 2009

Des Druzes aux Alaouites, minoritaires dans un Proche-Orient en conflit : Christian Lochon sera mon invité le 29 novembre

Accolade entre dignitaires druzes
(source : site grandorientarabe.org)

Dimanche prochain, nous allons aborder un sujet un peu complexe, loin des acteurs habituels évoqués dans cette série, loin aussi de l’actualité brûlante : ce sujet, ce sont les différentes petites minorités religieuses vivant au Proche-Orient et un peu au delà. Et pour en parler, j’aurai comme invité un expert orientaliste de qualité, que j’ai déjà eu le plaisir de recevoir déjà deux fois sur Judaïques FM, Christian Lochon. Christian Lochon a été attaché culturel dans plusieurs pays d’Afrique et du Proche Orient, il faut aussi le directeur des études au CHEAM (Centre des Hautes Etudes sur l’Afrique et l’Asie Moderne). Cet orientaliste a une connaissance de terrain puisqu’il a vécu en Irak, en Syrie, au Liban, et ce n’est pas souvent que des invités comme lui peuvent témoigner sur la fréquence juive à propos de pays, hélas toujours en état de conflit avec Israël. Il m’a fait parvenir il y a quelques mois un livre intitulé « Secrets initiatiques en Islam et rituels maçonniques », avec en sous-titre « Druzes, Ismaéliens, Alaouites et confréries soufies », ouvrage publié aux éditions L’Harmattan. Ce livre est cosigné avec Jean-Marc Aractingi, qui en dehors d’une formation d’orientaliste et d’une carrière de diplomate, connaît parfaitement la franc-maçonnerie, et en particulier celle qui survit difficilement dans le monde arabe - on se rend bien compte d’ailleurs, à la lecture de l’ouvrage, à quel point il maîtrise tout le rituel et la symbolique de ce milieu. Ce livre de 200 pages est incroyablement riche, il m’a beaucoup appris, et il aborde tellement de sujets que j’ai décidé d’y consacrer deux émissions. Précisons pourquoi : au-delà des ambitions un peu culturelles de ma série, « Rencontre », il met en évidence deux réalités, une enraciné vers le passé, et l’autre tournée vers l’avenir ; le passé, ce sont les interpénétrations culturelles étonnantes, les passerelles entre religions différentes, qui démontent l’illusion de croire que l’Orient et l’Occident ont toujours été des sphères intellectuelles séparées et étanches ; l’avenir, c’est la crainte que nous partageons tous d’un islam radical et l’importance, justement, de certaines minorités avec lesquelles il faut établir des passerelles.

Pour cette première émission, pour nous allons évoquer les Druzes et les Alaouites, les voisins les plus proches d’Israël.

Parmi les questions que je poserai à Christian Lochon :

- Quels sont les origines exactes et l’histoire des Druzes, qui comme d’autres minorités religieuses issues de l’islam, viennent d’une « branche » du Chiisme ?
- Comment expliquer que leur religion, qui est très secrète et ésotérique, s’apparente tellement par ses rituels à la franc-maçonnerie ?
- Pourquoi écrit-il qu’en Syrie ce sont des « prétendants marginalisés » ?
- En contraste, comment expliquer leur bonne intégration dans l’état d’Israël ?
- Comment expliquer l’étrange position des Alaouites : leur religion est un « patchwork » de différentes croyances, y compris chrétiennes ; et malgré cela, ils tiennent les clés du pouvoir dans un pays musulman, qui en plus est le soutien local des mouvances intégristes les plus radicales, chiite au Liban ou sunnite chez les Palestiniens : comment l’expliquer ?

Soyez nombreux à l’écoute dimanche prochain !

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19 novembre 2009

L'ONU évolue !

Le sourire du mois
- novembre 2009

Ce blog n’étant pas centré sur l’actualité israélienne, je n’ai pas parlé encore du calamiteux rapport Goldstone ... la majorité des sites juifs francophones vous auront déjà fourni une copieuse documentation sur le sujet ! A noter aussi que, en revenant sur les archives de janvier - février 2009, vous trouverez une série d’articles répondant, « à chaud », aux accusations de crimes de guerre immédiatement adressées à Israël au moment de l’opération « plomb fondu ».
Mais il fallait quand même que j’évoque cette actualité : et j’ai trouvé que cette mini BD de « Dry Bones », traduite par nos amis de « Juif.org » (en lien permanent), résumait parfaitement les choses !

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18 novembre 2009

Islamisation sournoise en Malaisie : même l’amour est interdit à Kuala Lumpur !

Carte de la Malaisie

L’islam radical avance en Malaisie : ce «dragon asiatique», en plein essor économique, est en train de se radicaliser et la tolérance dans les rues est de plus en plus contestée.

La Justice malaisienne vient d’ordonner la flagellation d’amants qui tentaient de faire l’amour dans une voiture. Ce n’est que l’un des derniers châtiments infligés aux Musulmans en Malaisie. Pour y échapper les amants ont payé une amende de 1500 $ chacun et rapproché la date de leur mariage. Ils pouvaient être condamnés à 3 ans de prison.

Pourtant on a longtemps considéré la Malaisie comme un état à majorité musulmane modéré (60% de Musulmans sur 28 millions d’habitants) (1). Mais des verdicts de plus en plus sévères sont prononcés, se conformant à la loi musulmane, la Charia. Ainsi des coups de fouet pour l’usage d’alcool, notamment pour une femme qui buvait de la bière. La police religieuse sévit partout aujourd’hui et la Cour condamne à 6 coups de fouet et à un an de prison tout Musulman surpris à boire de l’alcool. La fameuse richesse de ce pays musulman présente un tableau trompeur de leur situation en matière de Droits de l’Homme.

En application du bizarre système d’apartheid de la Malaisie, tous les citoyens reçoivent à l'âge de 12 ans une carte d'identité appelée « MyKad ». Cette carte mentionne la race et la religion du titulaire, données qui sont tenues à jour par le « National Registration Department » (NRD). Tous les Malais sont automatiquement considérés musulmans.

La loi ne permet à aucun musulman de se convertir de l'Islam à une autre religion. Les tribunaux islamiques (tribunaux d’application de la Charia) sont seuls compétents pour les questions telles que l'apostasie, le mariage etc. Le NRD ne reconnaît pas les conversions de l'islam à une autre religion, à moins de produire un arrêt d’un tribunal islamique l’autorisant. Et jusqu'ici, ces tribunaux ont toujours refusé aux Musulmans d’apostasier. Des convertis célèbres comme Lina Joy et Kamariah Ali bataillent toujours contre les tribunaux pour que leurs soient reconnus le droit d’être "non musulmans". Un tel droit n'existe pas en Malaisie. L'article 11 de la constitution du pays déclare que quiconque peut pratiquer la religion de son choix. Toutefois depuis 1988, un amendement (1A) à l'article 121 a été fait qui a déclare que les tribunaux civils n'ont aucune compétence sur « n'importe quelle matière » qui relève de la juridiction des tribunaux islamiques.

La majeure partie des 13 états de la fédération de Malaisie ont adoptés la « Control and Restriction Bill » qui prévoit une amende de 10.000 ringits ($2.653) ou une peine d’un an de prison pour ceux qui « persuadent, invitent un musulman à quitter l'islam pour une autre religion. » Le 23 août, une semaine avant la fête de l'indépendance, Mohamed Nazri Aziz (2) , « Ministre auprès du Premier ministre » au sein du Cabinet du Premier ministre, ordonnait que l’application de la « loi constitutionnelle » qui interdit de propager d’autres religions que l’islam parmi les musulmans, soit renforcée dans tout le pays.

Dans ce pays présenté soi-disant moderne par rapport aux restes des pays musulmans, la religion est une affaire d'état qui est du ressort des gouvernements des états respectifs (de la fédération). Et ceux qui a critiquent l'Islam sont poursuivis en justice en application du « Sedition Act » ! Les peines prévues en cas de transgression du Sedition Act peuvent aller jusqu’à trois ans de prison avec une amende additionnelle pouvant s’élever jusqu'à 5.000 ringits ou 1.350$.

Confronté à l’islamisation croissante, l’islam radical avance dans ce pays et les extrémistes exigent aujourd’hui que l’on retire les crucifix et détruise les statues chrétiennes dans les écoles des missions. La loyauté des écoles des missions a été mise en doute sur base de l’allégation sans fondement qu’elles refusent d’observer le congé de l’Aid el fitr et de fermer les écoles pendant cette fête. On a même proféré l’absurde accusation que les écoles des missions étaient administrées depuis l’étranger par les églises, y compris le Vatican.

Depuis son ralliement à l’islam au XVe siècle - pour des raisons économiques avant tout - la Malaisie a toujours été ouverte et tolérante envers les autres religions. Tout ne va pourtant plus de soi! Depuis quelques années, le pays affronte une radicalisation croissante de l’islam politique. Certains musulmans rêvent en effet d’instaurer à l’ombre des palmiers une république islamique basée sur le modèle iranien.

Actuellement, deux Etats (sur treize que compte la fédération) sont aux mains du PAS, parti islamiste d’opposition. Piaffant aux portes du pouvoir, le parti a déjà rédigé un projet d’Etat islamique pour la Malaisie, fruit d’un équilibre complexe entre les partisans d’une république islamique totale et ceux qui souhaitent ménager l’importante fraction non musulmane de la population. Les prochaines échéances s’annoncent à haut risque pour la tolérante Malaisie.

Mais pour commencer, il parait que les extrémistes dans ce pays ont déjà réussi à faire un retour en force en imposant la loi musulmane, la Charia Ainsi des coups de fouet pour l’usage d’alcool sont de plus en plus courants dans ce pays. Et la police religieuse sévit partout aujourd’hui au Putra Center de Kuala Lumpur.

Ftouh Souhail,
Tunis

(1) Démographiquement, les Malais forment 50,8% des 26 millions d’habitants, suivis de 23,8% de Chinois, de 10,9% d’indigènes, de 7,1% d’Indiens et de 6,8% de citoyens non malaisiens. En termes de religions, 60% de la population est musulmane, avec 19,2% de bouddhistes, 9,1% de chrétiens, 6,3% d’hindous et 2,6% de confucéens (taoïstes). Les autres fois représentent seulement 2.8% du total démographique.

La Fédération de Malaisie est composée d’une péninsule (au sud de la Thaïlande) et des Etats de Sabah et Sarawak, au nord de l’île de Bornéo, qu’elle partage avec l’Indonésie. La Malaisie est relativement riche et moderne par rapport à ses voisins du Sud-Est asiatique.

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16 novembre 2009

Claude Lévi-Strauss et l’islam : 3/3, mes réactions sur l’article de Sidney Touati


Ci-dessous mes réactions "à chaud", publiées sur FaceBook à propos de l’article de Sidney Touati que j’ai publié hier. Vous serez peut-être surpris par la virulence du style, qui change de ce que vous pouvez lire d’habitude sous ma signature et qui est réfléchi et relu plusieurs fois ... mais c’est un peu le "jeu" des débats sur de tels supports !

(...) Puis-je l'écrire ? Cet acharnement, à toute occasion, de taper à bras raccourcis, contre l'islam m'exaspère de plus en plus. Il témoigne aussi d’une réduction effroyable de l'univers mental à l'intérieur de notre communauté : dans le fond on se fiche totalement de savoir qui était Lévi-Strauss, ce qu'il a dit, écrit, pensé, etc. Non, ce qui compte c'est son rapport à l'islam, et là on a une grille toute prête : il critiquait, donc "gentil", il aimait, donc "méchant" !

Maintenant, autre point curieusement non abordé dans cet article de Guysen : les rapports de Lévi-Strauss avec la religion de ses pères, le Judaïsme, ou avec l'état d'Israël, ou avec la Shoah, autant d'évènements historiques dont il avait été le témoin à un âge plus qu'adulte : mais on sait que rien, peanuts (1), pas une expression de sa solidarité éventuelle ... pas important pour Sidney Touati, dans la mesure où il y a des citations anti-musulmanes à ramasser, à la poubelle tout le reste !

Alors il ne faudra pas s'étonner de lire, dans ce genre d'articles, un déchaînement d'amalgames : l'islam c'est ... les Talibans qui détruisent les Bouddhas de Bâmiyân, l'Iran des Ayatollahs, autant de régimes certes infects qui ont détruit les racines pré islamiques de leur pays. Mais curieusement, sont oubliés : la Tunisie, qui préserve merveilleusement le passé romain ou carthaginois du pays ; le Maroc idem pour le site de Volubilis ; la Turquie avec Ephèse, etc.

A propos des sociétés européennes rendues plus "viriles" (donc plus brutales) à cause de l'influence de l'islam, suite aux Croisades, deux remarques :
- il est peut-être évident pour Sidney Touati que les Croisés en route vers l'Orient et massacrant toutes les communautés juives au passage, étaient des doux humanistes (2) ;
- à propos d'un livre objet de mes deux prochaines émissions (3), j'ai lu exactement l'inverse : l'esprit chevaleresque, les troubadours, etc. étaient à l'origine des archéypes ni chrétiens, ni musulmans, mais persans, et ayant traversé l'Orient pour atterrir en Europe !

Et enfin pour le final : "Le nouveau contact avec l’Islam va-t-il conduire à une seconde défaite de l’Occident, cette fois définitive ?" ... no comment. Ou alors que M. Touati nous explique ce qu'il convient de faire : mettre fin à ce "contact" par une guerre civile en Europe ? Mobiliser toutes les marines de toute l'Europe pour expulser quelques 20 millions de Musulmans ? Déclarer la guerre à tous les pays du Sud, de la Méditerranée pour convertir leur population de force ? Sinon, c'est nous qui disparaissons ?

(1) : Lire à ce sujet quelques citations dans mon introduction à cette série d’articles
(2) : On pourrait aussi commenter la mention par Lévi-Strauss de "l'exigence chrétienne de dialogue" en rappelant ce que fut, jusqu'à Vatican II, la diabolisation du Judaïsme par l'Eglise Catholique, l'Inquisition, etc.
(3) : "Secrets initiatiques en islam et rituels maçonniques, Druzes, Ismaéliens, Alaouites, confréries soufies"de Jean-Marc Aractingi et Christian Lochon

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15 novembre 2009

Claude Lévi-Strauss et l'islam : 2/3, l'article publié par Guysen News

Claude Lévi-Strauss et l’Islam
Par Sidney Touati pour Guysen International News

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Claude Lévi-Strauss, le seul «Immortel » à avoir franchi la barre des cents ans, s’est éteint ce mardi 3 novembre 2009. Lévi-Strauss était la dernière grande figure de l’humanisme français. Sa mort nous donne l’occasion de redécouvrir l’oeuvre d’un des plus grands penseurs du XXème siècle et notamment son oeuvre la plus célèbre « Tristes tropiques ». L’ouvrage a été publié en 1955 et a connu un retentissement mondial.Le grand ethnologue français fait un compte rendu passionnant de son itinéraire personnel et professionnel étroitement lié aux grands évènements qui ont marqué le XXème siècle. Claude Lévi-Strauss termine sa longue traversée des civilisations, par une réflexion sur la rencontre des différentes grandes cultures en un même lieu, le site de Taxila. En cet endroit, tout à fait exceptionnel, « pendant quelques siècles, trois des plus grandes traditions spirituelles de l’Ancien Monde ont vécu côte à côte : hellénisme, hindouisme, bouddhisme ... A l’exception de la chrétienne, toutes les influences dont est pénétrée la civilisation de l’Ancien Monde sont ici rassemblées. Et conclut Lévi-Strauss : Où, mieux qu’en ce site qui lui présente son microcosme, l’homme de l’Ancien Monde, renouant avec son histoire, pourrait-il s’interroger ? ». (1)

L’auteur se penche sur ces grandes civilisations, leur relation tumultueuse, et en tire des conclusions qui éclairent la situation qui est la notre aujourd’hui. On ne peut qu’être frappé par la lucidité, la clairvoyance, la franchise qui imprègnent ses propos. Cette lecture vivifiante nous rappelle qu’il y a un temps pas si lointain, où la pensée critique pouvait s’exprimer librement dans notre pays et aborder tous les sujets. Elle nous fait prendre conscience, symétriquement, d’un combat pour la liberté de penser que nous avons quasiment perdu. Nous allons tenter ici, en rappelant ces quelques remarques de Lévi-Strauss sur l’Islam, de surmonter cette terrible défaite dont nul n’ose dire le nom ; montrer que l’esprit libre peut encore se manifester ; dépasser l’abdication honteuse et sombre dans laquelle la plupart de nos « élites » se complaisent.

Un appétit destructeur
En se promenant à travers les siècles et les civilisations, Lévi-Strauss se demande pourquoi cette séparation Orient-Occident. Comment expliquer cette terrible rupture qui a plongé le monde dans une spirale de guerre et de destruction? « Que serait aujourd’hui l’Occident si la tentative d’union entre le monde méditerranéen et l’Inde avait réussi de façon durable ? » (p. 458) Qu’est-ce qui a rendue impossible cette union ? La réponse est claire, c’est l’Islam. Le pessimisme de Lévi-Strauss est cependant nuancé ; la scission n’est pas totalement accomplie. Il est encore possible de faire tomber la barrière que l’Islam a dressée entre l’Orient et l’Occident. (p. 470)

Lévi-Strauss nous confie « C’était surtout l’Islam dont la présence me tourmentait ». Il évoque ce qui lui semble être la contradiction majeure de cette religion « l’Islam me déconcertait par une attitude envers l’histoire contradictoire à la nôtre et contradictoire en elle-même : le souci de fonder une tradition s’accompagnait d’un appétit destructeur de toutes les traditions antérieures » (p.459)

Cette attitude trouve son accomplissement dans la destruction en 2001 par le régime des Talibans, des bouddhas de Bâmiyân. Mais on la retrouve également dans la destruction par le régime Saoudiens des mosquées datant de la période ottomane ou dans la destruction de toutes les synagogues laissées aux palestiniens lorsque Israël a évacué la bande de Gaza.

La peur de l’autre
L’Occident possède, lorsqu’il est en accord avec ses racines, le souci de restituer le passé, d’en conserver les vestiges, quelles que soient les civilisations dont il s’agit. La diversité du passé est perçue comme une richesse. La connaissance, la compréhension de l’autre est au fondement même de la culture occidentale. Le Prophète préconise certes la « tolérance » mais explique Lévi-Strauss, cette exigence place les musulmans dans une situation de crise permanente : « en fait, le contact des non-musulmans les angoisse » (page 463)

Ils se sentent en danger lorsqu’ils sont confrontés à « d’autres genres de vie, plus libres et plus souples que le leur, et qui risquent de l’altérer par la seule contiguïté » (p.464).

Ce constat explique sans doute le véritable état de panique qu’expriment ceux que l’on appelle « intégristes » lorsqu’ils évoquent l’Occident et ses « moeurs corrompues ». Il suffit d’écouter les formules incantatoires du Président iranien, de prendre la mesure de la spirale du renfermement dans laquelle le monde arabo-musulman est engagée, pour mesurer à quel point le mode de vie occidental est perçu comme une menace permanente dont il faut se protéger, se couper, diaboliser et in fine, agresser par une propagande lancinante.

L’impuissance à nouer des liens au dehors
Lévi-Strauss qualifie l’Islam de « Grande religion qui se fonde moins sur l’évidence d’une révélation que sur l’impuissance à nouer des liens au dehors » (p.466)

Les chiffres concernant la publication et les traductions de livres étrangers, principalement occidentaux, confirment ce terrible jugement. Très peu de textes sont traduits en langue arabe. L’autarcie, le renfermement sur soi semblent être la norme d’un monde qui vit son rapport à la modernité sous l’angle de la défaite et de l’humiliation. Singulier contraste qui oppose la bienveillance universelle du bouddhisme, ou l’exigence chrétienne de dialogue, à l’intolérance musulmane. Ils (les musulmans) sont, précise Lévi-Strauss, « incapables de supporter l’existence d’autrui comme autrui. Le seul moyen pour eux de se mettre à l’abri du doute et de l’humiliation consiste dans une « néantisation » d’autrui ... » (p.467)

N’est-ce pas très exactement la conduite adoptée par les kamikazes islamistes ces dernières années ? Viser à la « néantisation » de ce qu’il leur apparaît comme « autrui ». Mais dans ce processus de renfermement, on assiste à une sorte de dislocation de l’Islam ; au développement d’un processus d’intériorisation de la haine qui se déplace et oppose ses différents courants. Ce sont des musulmans qui meurent de plus en plus, victimes de leur propre fanatisme.

Conflits insurmontables et solutions simplistes
« Tout l’Islam semble être, en effet, une méthode pour développer dans l’esprit des croyants des conflits insurmontables, quitte à les sauver par la suite en leur proposant des solutions d’une très grande (mais trop grande) simplicité. »(p.464)

Pour illustrer cette propension, Lévi-Strauss cite l’exemple du rapport à la femme. Comme beaucoup d’autres, le musulman est tourmenté par la question de la fidélité de ses épouses ou de ses filles. Mais à la différence des maris jaloux occidentaux qui inventent moult stratagèmes pour résoudre cette lancinante question, l’Islam préconise une solution très simple (trop simple ?) pour remédier à cette angoisse : il suffit de voiler les femmes, de les cloîtrer. Puis, du voile passer à la « burkah moderne, semblable à un appareil orthopédique.. »(p.465)

Mais cette solution n’en est pas une car « la barrière du souci s’est seulement déplacée, puisque maintenant il suffira qu’on frôle votre femme pour vous déshonorer, et vous vous tourmenterez plus encore. » (p.464)

Ainsi, d’un même mouvement, on fait de l’adultère un drame absolu auquel seul une solution d’une absolue simplicité peut faire face. Mais le problème demeure entier.

Un grand péril : l’islamisation de la France
Dès les années cinquante, Lévi-Strauss prend conscience du grand péril qui menace notre culture. Pour lui, la défaite de l’Occident est un fait qu’il constate depuis la lointaine époque des Croisades. Les chrétiens ont été battus par les musulmans non seulement au plan militaire, mais également au plan spirituel. Les chrétiens ont en effet emmené de leur lointaine expédition en terre d’Islam l’esprit guerrier, les valeurs « viriles » d’une société coupée des femmes : « Que l’Occident remonte aux sources de son déchirement : en s’interposant entre le bouddhisme et le christianisme, l’Islam nous a islamisé ... »
L’Occident s’est mis à ressembler à l’Islam. A compter du retour des croisades, en même temps qu’elle se militarise, la société occidentale exclut de plus en plus les femmes. La conséquence la plus dramatique de ce mimétisme : « C’est alors que l’Occident a perdu sa chance de rester femme »Nous commencions à peine, après des siècles obscurs, à sortir du carcan d’une société coupée en deux, dans laquelle hommes et femmes vivant séparés, sont violemment opposés dans des rapports où la force domine.Le nouveau contact avec l’Islam va-t-il conduire à une seconde défaite de l’Occident, cette fois définitive ?

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(1) Toutes les citations sont issues de l’édition « Tristes Tropiques » publiée par Plon, collection Terre Humaine, 1955

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14 novembre 2009

Claude Lévi-Strauss et l'islam : 1/3, Introduction

Claude Lévi-Strauss


Je n’avais pas l’intention d’évoquer Claude Lévi-Strauss, disparu il y a peu : a priori du hors sujet, par rapport à la thématique de mon émission et de ce blog ; et puis aussi, un minimum de modestie et de réserve, alors que je n’ai RIEN lu de lui ... et quand bien même tant de journalistes parlent avec beaucoup d’aplomb de sujets dont ils ignorent tout !

Mais je l’ai fait car mon attention a été portée il y a quelques jours par un article publié par le site Guysen News (en lien permanent) sous la signature de Sidney Touati ; et cela dans le cadre de FaceBook (dont je vous parle de temps en temps) : une des applications permet en effet de reprendre des articles, et de les faire commenter par des membres de son réseau. Et c’est ainsi que j’ai découvert cette publication qui m’a choqué, disons le tout de suite ... En effet, loin d’éclairer sur le grand ethnologue disparu, le « zoom » était mis sur ce que Lévi-Strauss avait écrit dans « Tristes tropiques » à propos de l’islam ; citations reprises avec comme intention première et exclusive de diaboliser, en bloc, et cette religion, et les populations qui s’en réclament !

J’ai donc pensé qu’il serait utile et nécessaire de vous le rapporter : l’article de Sidney Touati sera reproduit in extenso dans le « post » qui suit ; puis, dans la publication suivante, je reprendrai les commentaires que j’ai écrits « à chaud » sur FaceBook.

Mais en préalable, je trouve aussi utile de reprendre ici quelques lignes à propos des relations tout à fait distanciées que ce grand penseur a eu, sa longue vie durant, vis-à-vis de ses origines et d’Israël : merci pour cela à Charles L., qui m’envoie régulièrement des liens et extraits glanés sur le WEB - un petit travail qui aurait pu, aussi, être fait par nos excellents confrères de Guysen !

Comme tant d'autres, ce petit-fils de rabbin versaillais expérimente l'antisémitisme des années 1930.
« On m'a traité de sale juif dès l'école communale...» Et encore au lycée, où il répond par le coup de poing.
« Se découvrir subitement contesté par une communauté dont on croyait être partie intégrante peut conduire un jeune esprit à prendre quelque distance à l'égard de la réalité sociale, contraint qu'il est de la considérer simultanément du dedans où il se sent et du dehors où on le met.»
Une situation qui, si elle le mènera d'une certaine façon au «regard éloigné» de l'ethnologue, ne le poussera jamais au rejet d'une identité française que Lévi-Strauss revendiqua toujours « intégralement et exclusivement ».
« Je me sens concerné par le sort d'Israël, affirmera-t-il des années plus tard, de la même façon qu'un Parisien conscient de ses origines bretonnes pourrait se sentir concerné par ce qui se passe en Irlande : ce sont des cousins éloignés ... »

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12 novembre 2009

Pas d’émission le dimanche 15 novembre … rendez-vous le 29 !


L’illustration de cette info explique le reste : les grandes institutions de la communauté (FSJU et Consistoire, unis pour l’occasion) lancent, comme chaque année à la même période, une vaste campagne de collecte au profit des nécessiteux : elle s’étalera sur plusieurs semaines, mais dimanche 15 novembre, toutes les radios de la fréquence juive bousculeront leur programme habituel au profit d’un « radioton ».

« Rencontre » étant diffusée les dimanche des semaines paires, le prochain rendez-vous est donc fixé au dimanche 29.

Pour avoir plus d’information sur cette campagne, visiter le site à cette adresse.

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11 novembre 2009

« Week-end judéo musulman » du 13 au 15 novembre

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A l'appel de l'A.J-M.F - « Amitié judéo musulmane de France », dont j’ai souvent parlé sur ce blog, voir en libellé -, le plus grand nombre d'associations juives et musulmanes, synagogues et mosquées sont invitées à prendre part à l'initiative internationale lancée par la « Foundation for Ethnic Understanding ».Cette fondation propose de faire visiter des mosquées à des juifs, des synagogues à des musulmans et d'organiser des rencontres intellectuelles et festives.

En pratique, ce week-end comprendra :
- des « portes ouvertes synagogues - mosquées - centre communautaires juifs et musulmans ;
- des visites de délégations juives dans les mosquées le vendredi 13 ;
- des visites de délégations musulmanes dans les synagogues le samedi 14 ;
- des manifestations culturelles et festives le dimanche 15.

Les Synagogues, Communautés et Mosquées qui ont prévu d'y participer sont les suivantes :

Communauté juive d'Aix en Provence - Communauté musulmane Marocaine d'Aix en Provence

Communauté juive de Clamart - Mosquée de Clamart

Communauté juive de Colombes - Mosquée Mohamed V

Communauté juive de Drancy - Mosquée de l'Imam Chalghoumi

Communauté juive du Raincy - Mosquée de Montfermeil

Communauté juive de Levallois - Mosquée de Levallois

Association culturelle judéo-musulmane de Montpellier le dimanche 15/11

Communauté juive de Boulogne - Mosquée Badr de Boulogne

Communauté juive de Cannes - Mosquée de Cannes

Communauté juive de Nanterre - Mosquée de Nanterre

Communauté juive de Versaiilles - Mosquée Dar El Ijra de Versailles

Communauté juive de Paris XIXe - Mosquée rue Polenceau

Communauté juive de Ris Orangis - Mosquée de Ris-Orangis

Communauté juive de Vichy - Mosquée de Vichy

Communauté juive de Meaux - Mosquée de Meaux

Communauté juive de Saint Ouen - Mosquée de Saint Ouen

MJLF Rabbin Daniel Fahri XVII - Mosquée de Paris XXe

Communauté juive du Blanc-Mesnil - Mosquée de Blanc-Mesnil

Communauté juive de Puteaux - Mosquée Puteaux

Communauté juive Paris 9 rue Buffault - Mosquée du 9E.

Communauté juive Paris XVIIIe - Mosquée El Fadr Paris XVIIIe

Mouvement AJTM Rab G. Fahri paris xv - Mosquée Paris XXe rue Marey

Plus d’informations en contactant l'A.J-M.F au 01 69 43 07 83 ou par mail ajmf@neuf.fr

Je reviendrai bien sûr plus tard sur cet évènement, en espérant recevoir des photos provenant des reportages qui y seront faits ... une bien belle initiative, en tout cas, et qui va à l’encontre des horreurs en provenance de Beyrouth dont je parlais lundi dernier.

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09 novembre 2009

Anne Frank : censure du Hezbollah, et un dessin en réponse

"Le journal d'Anne Frank", dessin de Gan
(cliquer sur le dessin pour agrandir)

Beaucoup d’entre vous ont été déjà informés de la dernière abjection en date du Hezbollah, organisation terroriste, fanatique et antisémite alliée de l’Iran : l’incontournable site « memri » (en lien permanent) a en effet révélé au Monde une émission de la chaîne TV de la milice chiite, Al-Manar, où les « fins limiers » reporters dénonçaient un manuel scolaire parlant d’Anne Frank ; ci-dessous la retranscription de cette émission, que vous pourrez voir en version originale avec sous-titres en français en allant sur ce lien

La télévision du Hezbollah proteste contre l´inclusion du récit d´Anne Frank à un manuel scolaire d´anglais.
Ci-dessous des extraits d’un reportage diffusé le 30 octobre 2009 sur la télévision du Hezbollah Al-Manar, sur l’inclusion du récit d’Ann-Frank à un manuel scolaire d’anglais :
Reporter : Un nouveau livre, aux relents de normalisation (avec Israël), a été parcouru par Al-Manar. Ce manuel d´anglais est enseigné en 4ème dans plusieurs écoles de Beyrouth. Ce manuel de 60 pages rapporte, dans l´un de ses chapitres, le journal d´une jeune fille juive pendant la Deuxième Guerre mondiale. qui s´était cachée avec sa famille aux Pays-bas pour fuir les persécutions nazies, et par peur d´être tuée ou brûlée. Pour empêcher toute confusion ou déformation, nous avons acheté l e manuel dans une librairie de Beyrouth. J´ai demandé à M. Abbas le "Interactive Reader Plus."
Dans la librairie.
Vendeuse : Quelle classe?
Reporter : Quatrième.
Vendeuse : Anglais pour classes de 4ème.
Reporter : C´est le manuel ? Il m´en a demandé 30 000 (lires libanaises). C´est "Advantage", avec CD inclus. On s´en sert aussi dans d´autres collèges ?
Le Reporter quitte la librairie.
Vendeuse : Bien sûr. On se sert de ce manuel dans plusieurs écoles de Beyrouth.Il présente le journal d´une jeune Israélienne pendant la Deuxième Guerre mondiale.
Voyons ensemble les détails de ce journal. Il comprend un chapitre complet intitulé "Drame" surplombé par une étoile de David, et contenant des explications absentes des autres chapitres, centrées sur la notion de persécution des Juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale. Pire encore : le ton dramatique dans lequel le journal est présenté.
Naim Kalaani, président de l´Autorité du boycott des produits sionistes : Un tel manuel est une infraction évidente du code pénal. C´est une infraction évidentequi doit donner lieu à des poursuites. Cela équivaut à courir vers la normalisation. Des poursuites doivent être menées automatiquement parce qu´il s´agit d´un crime dont le lieu est l´école ! On n´utilise pas un manuel sans en avoir d´abord vérifié le contenu.
Hussein Al-Hajj Hassan, député du Hezbollah : Ces écoles respectées enseignent la prétendue tragédie de cette fille mais elles ont honte d´enseigner celle du peuple palestinien ou la tragédie du peuple libanais, l´histoire de la résistance, de la résistance au Liban, la souffrance au Sud Liban, celle des Libanais en général, sous l’occupation sioniste.
[...]
Al-Manar a essayé sans succès d´obtenir une réponse du ministère de l´Education. Elle a donc contacté le Géneral Wafiq Jazini, Directeur de la sécurité générale, qui a dit n´être au courant de rien, pour demander une enquête détaillée et que les mesures nécessaires soient prises. En attendant, la question suivante se pose : Jusqu´à quand la scène culturelle libanaise demeurera grand ouverte à l´invasion culturelle sioniste, et les personnes impliquées sont-elles, ou non, conscientes du phénomène?

Comment répondre à une telle abjection ?

D’abord en la faisant connaître, et pour une fois la presse française en a parlé ... y compris le journal « Le Monde », tellement indulgent vis-à-vis de la mouvance islamiste.
Ensuite, en revoyant les innombrables sites ou vidéos consacrées à cette petite fille assassinée, devenue un des symboles inoubliables de la Shoah. Ce clip là, mêlant des photos de la vraie Anne Frank et celles de la dernière fiction récemment diffusée sur les chaînes européennes, me semble particulièrement émouvant.

Mais je me souvenu, aussi, d’un dessin que j’avais réalisé il y a déjà plus de trente ans sous mon pseudonyme de dessinateur de l’époque - Gan - et intitulé « Le journal d’Anne Frank ». L'original (d'une version légèrement différente de ce dessin) avait été encadré, puis offert à une association d'aide aux étudiants de l'Université de Tel Aviv et vendu aux enchères lors d'une soirée : l'éducation, la mémoire et la culture ... notre manière de résister à ces brutes sanguinaires et fanatiques !

Quand au sens de ce dessin, je pense qu’il a pris une actualité encore plus éclatante aujourd’hui, à l’heure où des néo-nazis, à Beyrouth comme à Téhéran, veulent censurer le fantôme d’une fillette ...

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08 novembre 2009

André Nahum sur Judaïques FM : pourquoi Netanyahou doit faire un geste

Benjamin Netanyahou à la Maison Blanche
(photo tirée du site Wikipedia)

Bonjour.
L’autre jour, à Jérusalem, Hillary Clinton a félicité Netanyahou pour les mesures courageuses qu’il avait prises et a déclaré que le gel des constructions dans les territoires ne devait pas être un préalable à la reprise des négociations. Hier au contraire à Marrakech devant un auditoire arabe, la même Hillary Clinton a pressé Israël de geler ces constructions et de faire davantage de gestes. La secrétaire d’état américaine pratiquerait-elle le double langage comme feu Yasser Arafat, un discours pour Israël et un autre, différent, pour les Arabes ?
On peut imaginer plutôt que cette attitude pour le moins ambiguë traduit la gêne de l’administration américaine et son incapacité à résoudre le difficile, l’insoluble problème israélo-palestinien.

Netanyahou fait accepter par sa majorité le principe d’un état palestinien, suivi en cela par une majorité d’Israéliens qui se rendent bien compte que l’alternative aux deux états ne peut être l’état unique, binational, que certains Palestiniens viennent à souhaiter. Or si la création d’une entité palestinienne indépendante suscite de nombreuses craintes et des réticences en Israël, elle n’est rien à coté de la catastrophe que serait un état binational. A moins de pratiquer l’apartheid, cet état binational devra accorder les mêmes droits à tous ses citoyens et dans très peu d’années les Arabes y seraient majoritaires ; ce serait la fin à tout jamais de l’état juif et la fin du rêve sioniste. La situation qui y prévaudrait pour les Juifs serait au mieux celle des Chrétiens du Liban pris en otages par le Hezbollah, au pire un retour à la condition de « dhimmis » que nos grands parents ont connu dans les pays arabes et dans tous les cas, un exode massif vers les pays démocratiques. Autrement dit des siècles d’espérances, des dizaines d’années de luttes et d’efforts seraient réduits en cendres
Voilà le terrible danger qui menace Israël. Bien sur, la création d’un état palestinien pose de multiples problèmes vu l’étroitesse du territoire et l’imbrication des deux communautés.Il y a un million et demi de Palestiniens dans l’Israël d’avant 1967 et 250 à 300.000 Israéliens en Cisjordanie. Faudrait-il procéder à un échange de populations ou un échange de territoires entre Israël et la Palestine ? Certains y pensent. Et Jérusalem ? Pour Israël, c’est sa capitale « éternelle ». Pour les Palestiniens c’est Al-Quds dont ils veulent faire aussi leur capitale.
Quel négociateur aussi habile qu’il soit pourrait donner satisfaction aux deux parties et résoudre ce problème apparemment insoluble? Quel magicien, fut-il prix Nobel de la Paix, pourrait réussir ce challenge ? On peut comprendre l’embarras de l’administration américaine, certainement amie et alliée d’Israël, mais qui, depuis l’avènement de Barak Obama porte un regard différent sur le monde musulman dont le président veut à tout prix reconquérir l’amitié.
Malgré l’obstruction militante de ceux qu’on appelle les « colons », hantés par la perspective de devoir un jour quitter leurs demeures et leurs terres comme ce fut la cas à Gaza, Netanyahou sera probablement obligé de geler ces constructions pour une période déterminée et de détruire les avant-postes illégaux. Ce qui ne présage pas de la suite des négociations. Mais dans un conflit où l’élément psychologique est si important comme disait Anouar Al-Sadate, des gestes « mesurés » peuvent faire avancer le « schmilblick » comme dirait Coluche. Car, il est évident que dans la conjoncture actuelle, à la veille de l’approbation probable par l’Assemblée Générale de l’ONU du calamiteux rapport Goldstone, il faut certainement faire quelque chose.

André Nahum,
Judaïques FM le 4 novembre 2009

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06 novembre 2009

République Islamique d’Iran : déroute économique en vue ?


Le site d’opposition iranien "iran-resist" (en lien permanent sur le blog), a publié le 10 septembre un article qui m’a fait chaud au coeur : d’après des statistiques publiées par une source sérieuse (Eurostat) et - ce qui est étrange - reprises par le principal journal économique iranien, il apparaît que la République Islamique est de plus en plus isolée sur le plan commercial : baisse des ventes de pétrole, mais aussi baisse des importations ... et ce, alors même que les "sanctions sérieuses" évoquées lors du Sommet du G20 à Pittsburgh n’ont pas encore été décidées ! Une information importante, aussi, alors que le bras de fer se confirme avec les Occidentaux, suite au refus iranien d'accepter le "deal" négocié avec l'A.I.E.A, pour évacuer et retraiter à fins pacifiques la majeure partie de l'Uranium déjà faiblement enrichi dans le pays ...
Sur
ce lien l’article complet, et ci-dessous un extrait de l’essentiel.

Les chiffres des échanges commerciaux irano-européens en 2008 et 2009, publiés par EuroStat et repris par le principal quotidien économique iranien Sarmayeh (capital), font état de baisses alarmantes sur les 10 principaux partenaires européens de l’Iran.
Les exportations des produits iraniens (pétrole ou gaz compris) vers l’Europe ont enregistré une baisse de 45% en moyenne. L’Italie qui était le premier acheteur de produits iraniens a diminué ses achats de 1901 millions d’euros à 811 millions d’euros soit une baisse de 58% qui la rétrograde à la seconde place des meilleurs acheteurs de produits iraniens. Avec 884 millions d’euros, l’Espagne devient 1ère du classement malgré une baisse de 38% de ses échanges avec l’Iran.
Les suivants du classement sont : les Pays-Bas avec 690 M€ (soit -53%) à la 3e place, la France avec 395 M€ (soit -59%) à la 4e place, l’Allemagne avec 126 M€ (soit -32%) à la 5e place, la Grèce avec 79 M€ (soit -55%) à la 6e place, le Portugal avec 73 M€ (soit -85%) à 7e place, la Belgique avec 71 M€ (soit -24%) à la 8e place, la Grande-Bretagne avec 60 M€ (soit +13% [1]) à la 8e place et l’Autriche avec 31 M€ (soit -66%) à la 10e place.
Les échanges ont également enregistré des baisses dans le sens inverse. Au premier semestre de 2009, l’Iran a importé pour 1627 M€ de produits d’Allemagne, soit 25% de moins qu’en 2008 (baisse due à la réduction des garanties à l’exportation).
On dénote également une disparité de baisses dans les exportations et les importations, mais aussi dans les dépenses et revenus qui font état d’un déficit. L’Iran a non seulement perdu des clients en 2009, mais il s’est aussi endetté.
La tendance est visible dans les échanges avec d’autres partenaires européens (sauf pour les Pays-Bas). L’Italie occupe la seconde place avec 894 M€ (soit une baisse de 15% par rapport à 2008) et la France est 3e avec 775 M€ (soit -10%).
Suivent de la 4e à la 10e place : les Pays-Bas avec 266 M€ (soit -16%), la Grande-Bretagne avec 219 M€ (soit -14%) la Belgique avec 199 M€ (soit +11%), l’Espagne 179 avec M€ (soit -21%), la Pologne avec 50 M€, le Danemark avec 49 M€ et la Roumanie avec 45 M€.
Au cours du 1er semestre de cette année, Téhéran a au total dépensé 4303 M€ (au lieu de 4800 M€ en 2008) pour gagner seulement 3220 M€ (au lieu de 6500 M€ en 2008). On comprend pourquoi les Européens continuent à vouloir sauver ce régime en parlant de ses « modérés ».
Évidemment, ce ne sont pas les seuls revenus ou pertes de l’Iran car ce pays a aussi d’importants échanges avec la Chine, mais d’après nos estimations en 2008 avec environ 8 milliards de dollars d’export et autant d’importation chinoise, la balance ne penchait franchement pas en sa faveur. Téhéran a aussi un autre partenaire économique : les Emirats Arabes Unis qui sont exclusivement une plateforme pour acheter des produits prohibés par les sanctions. Les échanges entre l’Iran et l’extérieur qui étaient à peine rentables sont devenus franchement déficitaires depuis cette année par la faute des sanctions bancaires américaines.
Résultats : en manque de devises, Téhéran ne paye plus ses petites factures (de quelques millions d’euros). Rien qui puisse rassurer les suivants sur la liste. Avec un tel comportement, les affaires risquent d’aller plus mal encore sans parler de l’impact de l’instabilité politique et des manifestations qui ont failli emporter le régime.

Site « iran-resist », 10 septembre 2009

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04 novembre 2009

Un peu d'air pur !



Jardins du Palais de l'Alhambra, Grenade
(photos Jean Corcos)

Deux photos sans aucun rapport avec l’actualité ...
Prises lors de mes vacances en Andalousie, à l’été 2006, elles auraient pu être ramenées par n'importe lequel des millions de touristes partant visiter l’un des joyaux du patrimoine mondial, le Palais de l’Alhambra.

Témoignage merveilleux de l’Andalousie musulmane dans toute sa splendeur, reflet d’une civilisation disparue où cohabitaient les trois religions d’une manière assez harmonieuse - même si des historiens se chamaillent à propos de la tolérance plus ou moins importante octroyée aux chrétiens et aux juifs -, sa rencontre est d’abord un choc esthétique, que l’on n’oublie jamais. Et j’ai pensé que ces images des jardins luxuriants apporteraient un peu de fraîcheur et d’air pur, entre deux articles sérieux et une actualité souvent désespérante !

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02 novembre 2009

Une conférence internationale à Tunis parle de la religion « comme d'une force pour la paix »


Parvenir à la paix par le biais de la religion a été le principal sujet des débats lors d'une conférence universitaire internationale de trois jours qui a ouvert ses portes le 7 octobre à Tunis. Des universitaires provenant de plusieurs disciplines se sont réunis à Tunis pour parler de la manière dont la religion peut créer une plus forte implication en faveur de la paix.
L'Institut supérieur de théologie de Tunis et la fondation allemande Konrad Adenauer ont organisé cette conférence à l'occasion de la Journée internationale de la paix, que la Tunisie a célébrée. Des universitaires de pays arabes, du Maghreb et d'Europe ont parlé de l'impact de la religion sur la culture de la paix, l'éducation, la société civile, l'immigration, la législation internationale et les défis mondiaux à la paix.
« Un examen plus approfondi du coeur même des religions montre que les différends et les conflits sont en contradiction avec l'essence de ces croyances, qui, toutes, appellent au dialogue, à la tolérance et à la coexistence », a déclaré le directeur de l'Institut supérieur de théologie, Laroussi Mizouri, en se référant aux conflits en Irlande du Nord, au Cachemire et en Palestine.
Les participants ont reconnu que l'une des composantes importantes à la mise en place de la paix consistait à diffuser la notion d'"éducation à la paix" chez les enfants et les jeunes adultes.
« Il est grand temps que nous incluions l'éducation à la paix et la pédagogie de la non-violence dans nos politiques et nos programmes d'enseignement, comme l'avait recommandé l'Assemblée générale des Nations Unies en 1998 », a déclaré Iqbal Gharbi, professeur d'anthropologie à l'Université Zitouna de Tunis. Elle a encouragé son auditoire à créer la paix en « posant les fondements des valeurs de coopération plutôt que de rivalité, et en transmettant les principes de solidarité, plutôt que de concurrence, aux jeunes générations, parce que la pédagogie de la paix appelle à la dissolution de la culture de la violence ».
Les participants à cette conférence devraient oeuvrer à l'inclusion de l'éducation à la paix dans les programmes d'enseignement formel de leurs enfants, a-t-elle ajouté. « L'éducation à la paix forme les enfants aux techniques du dialogue sérieux, c'est-à-dire à la nécessité d'écouter l'autre, et à se mettre à la place de cet autre pour mieux comprendre son point de vue », a-t-elle conclu.
Le Prince jordanien Hassan Bin Talal, qui préside le conseil d'administration de l'Institut royal d'études interconfessionnelles de son pays, s'est adressé par voie de télévision aux participants à cette conférence : « Les esprits et les âmes sont aujourd'hui obsédés par la rage, l'aliénation, la séparation et la confrontation, à la fois dans nos relations avec les autres au sein de notre communauté et dans nos relations avec le monde extérieur », a-t-il déclaré. Il a demandé aux Musulmans de répondre à ces violations de la foi islamique, et appelé les croyants à revenir aux principes fondateurs de la foi, la compassion, la justice et le débat non passionnel.
Sami Brahem, spécialiste en théologie islamique et participant à cette conférence, a proposé son point de vue sur « les raisons pour lesquelles les religions ne parviennent pas à être des moyens de propagation de la paix entre les nations, bien qu'elles prêchent l'amour, la paix et le salut ». « Le plus gros problème qui empêche les religions de répandre la culture de la paix tient à leur manquement à engager un dialogue les unes avec les autres », a-t-il ajouté

Il a terminé son propos en citant le célèbre poète Jalal Addin Rumi (1), qui affirmait que la vérité est comme un miroir tombé du ciel et qui s'est brisé en milliers de morceaux. Chacun en ramasse un morceau, qu'il tient pour la vérité intégrale. « Pour parvenir à la vérité, nous devons rassembler toutes les pièces », a-t-il conclu.
Bien que cette conférence internationale à Tunis qui a parlé de la religion comme d'un catalyseur de paix soit importante, le plus important reste à faire ; à savoir que les Musulmans doivent cesser de faire porter à la politique étrangère le problème de l´extrémisme, parce que deux maux ne font tout simplement pas un bien. L´islamisme est principalement un problème musulman, qui menace aussi bien les sociétés musulmanes que non musulmanes. Nous devons reconnaître que quand des extrémistes parlent d’aller tout droit au Paradis après avoir fauché des vies innocentes, nous avons à faire à un problème théologique.
Le problème de l´extrémisme musulman est né dans le monde musulman et la responsabilité de le résoudre nous incombe. Il est temps que la majorité musulmane pieuse, silencieuse et éprise de paix élève la voix. Parlons plus fort que les voix radicales qui prétendent nous représenter.

Ftouh Souhail,
Tunis


(1) Jalal Addin Rumi est un mystique musulman persan qui a profondément influencé la culture arabe. Il avait des prises de position assez novatrices par rapport au pouvoir politique et au dogme musulman. Il aimait à fréquenter les Chrétiens et les Juifs tout autant que ses coreligionnaires. L'UNESCO a proclamé l'année 2007 année en son honneur, pour célébrer le huitième centenaire de sa naissance. Beaucoup de ses oeuvres furent d'ailleurs traduites en français.

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01 novembre 2009

"Le verrou de l’Asharisme", par Bernard Botturi, 3/3 : Droits de l’Homme, Wahhabisme et islâm contemporain



Le Coran étant la Vérité révélée, toute conduite droite (Charia) est déjà écrite, on peut y intégrer des usages locaux par les divers Fiqhs, mais y toucher c’est remettre en cause Dieu et sa Volonté omnipotente et omnisciente. Respect de la Charia que l’on voit clairement exprimé par diverses Déclarations des Droits de l’Homme d’origine Musulmane telle que la « Déclaration Islamique des Droits de l’Homme » de 1981 :
« Au nom de "Dieu, le Clément, le Miséricordieux", Ce manifeste-ci est une déclaration adressée aux hommes pour servir de guide et de pieuse exhortation à tous les hommes pieux" (3:138).
Introduction
L'islâm a donné à l'humanité un code idéal des droits de l'Homme, il y a quatorze siècles. Ces droits ont pour objet de conférer honneur et dignité à l'humanité et d'éliminer l'exploitation, l'oppression et l'injustice.Les droits de l'Homme, dans l'islâm, sont fortement enracinés dans la conviction que Dieu, et Dieu seul, est l'Auteur de la Loi et la Source de tous les droits de l'Homme. Étant donnée leur origine divine, aucun dirigeant ni gouvernement, aucune assemblée ni autorité ne peut restreindre, abroger ni violer en aucune manière les Droits de l'Homme conférés par Dieu. De même, nul ne peut transiger avec eux.Les droits de l'Homme, dans l'islâm, font partie intégrante de l'ensemble de l'ordre islamique et tous les gouvernements et organismes musulmans sont tenus de les appliquer selon la lettre et l'esprit dans le cadre de cet ordre. »

La Déclaration du Dacca sur les Droits de l'Homme en islâm (OCI 1983) :
« Les États membres de l'Organisation de la Conférence islamique,
Affirmant leur foi en Dieu, Seigneur des Mondes, Créateur de l'Univers, Source de tous les dons, Qui a créé l'homme dans le meilleur des moules, l'a élevé à une place d'honneur, en a fait Son homme de confiance dans le monde pour qu'il l'améliore, lui a confié des tâches et mis à sa disposition tout ce qui est sur la terre et dans les cieux;
Affirment leur foi en le message du Prophète, SALLA'LLAHU ALEYHI WA SALLAM, envoyé par le Dieu tout-puissant pour tracer la voie et révéler la Religion, symbole de la Miséricorde divine pour émanciper l'opprimé, proclamer l'égalité des hommes, la seule supériorité reconnue étant celle de la piété, et abolir la discrimination et la haine du coeur des hommes que Dieu a dotés de la même âme ;
partagent la même foi en l'unicité de Dieu, ceci étant l'essence même de l'islâm qui enjoint à tous les hommes de n'adorer que Dieu et de ne lui assigner aucun partenaire, qui a jeté les fondations réelles de la liberté de l'homme et de sa dignité, et proclamé son émancipation de l'assujettissement à un autre homme ;
Honorent les injonctions de l'immuable charia islamique qui appelle à la protection de la religion de l'homme, de son âme, de son esprit, de son honneur et de sa descendance ; universelle dans son application, caractérisée par la modération de ses principes et de ses dispositions, qui allie l'esprit à la matière, assure un équilibre entre l'émotivité, l'idéalisme avec la réalité, garantit la justice aux adversaires, sans pour autant susciter répression ou frustration ».

Déclaration du Caire sur les Droits de l’Homme en islâm (août 1990) :
« Convaincus que, dans l'Islam, les droits fondamentaux et les libertés publiques font partie intégrante de la Foi islamique, et que nul n'a, par principe, le droit de les entraver, totalement ou partiellement, de les violer ou les ignorer, car ces droits sont des commandements divins exécutoires, que Dieu a dictés dans ses Livres révélés et qui constituent l'objet du message dont il a investi le dernier de ses Prophètes en vue de parachever les messages célestes, de telle sorte que l'observance de ces commandements soit un signe de dévotion; leur négation, ou violation constitue un acte condamnable au regard de la religion; et que tout homme en soit responsable individuellement, et la communauté collectivement. ». Et régulièrement on peut lire « conformément à Charia »

Asharisme et Wahhabisme :
Dans un empire ottoman entrant dans une longue et irréversible décomposition, l’islâm a perdu sa vigueur d’antan, les divers traités ne font que répéter une scolastique asharite, les questions posées par l’émergence de la modernité inaugurée par la Renaissance européenne restent sans réponse. L’islâm semble figé dans une schizophrénie culturelle rabâchant sempiternellement des disputes d’un autre âge, s’assoupissant dans l’opium de la certitude « que tout a été dit alors à quoi bon ». A côté de ce conservatisme se développent des pratiques hétérodoxes : culte des saints, confréries soufies exaltant les transes mystiques, culte d’objets et de lieux ayant appartenus à des imâms prestigieux et autres figures vénérées, laxisme quant aux rites, un Fiqh hanéfite qui par une casuistique pouvait aussi bien condamner un innocent ou mettre hors de cause un criminel.
C’est dans ce contexte qu’un Cheikh arabe Mohammed Ibn Abd Al Wahhab (1703 - 1792) publie le « traité sur l’unité », livre fondateur du wahhabisme, dans ce livre, il prône un retour à la pureté de l’islâm originaire, celui du Prophète et des Compagnons en réaction à un islâm ottoman jugé hérétique parce que éclectique. Et pour appuyer son radicalisme de retour à la source il s’appuiera entre autres sur le fiqh Hanbalite. .
En 1744, l’émir du Nadjd (état client de l’empire ottoman), Mohammed ben Saoud (1725 -1765), adhère aux idées de Wahhab. Cette adhésion n’est pas neutre, elle permet une justification idéologique à ses ambitions indépendantistes, et c’est ainsi qu’en 1749 Mohammed ben Saoud se sépare de la tutelle de l’empire ottoman pour créer un état arabe indépendant et avec lui commencera la dynastie saoudienne.

Le wahhabisme reprendra les thèses de l’asharisme :
Dieu est un et n'a pas de partenaire. Aucun ne lui ressemble. Les attributs de Dieu sont réels, mais ils ne sont pas semblables aux attributs humains.Dieu est sans corps, sans substance, sans accidents.Dieu crée ex nihilo (en partant de rien). Dieu est créateur avant de créer.Dieu sera vu (de visu) dans l'au-delà, mais sans terme et sans modes. La main, le visage de Dieu sont des attributs réels, comme l'ouïe et la vue.Le Coran est la parole de Dieu incréée et éternelle.
En cela n’est pas son originalité, celle-ci est dans son côté réactionnaire en prônant un retour à la vie musulmane telle qu’elle était vécue du temps du Prophète et des Compagnons et une observance littérale du fiqh Hanbalite. Tout son discours sera involutif et régressif : tout a réponse dans l’origine c’est uniquement par un retour à l’origine que l’islâm peut se régénérer. Tout compromis avec ce qui ne relève pas de l’islâm pur ne peut être que « Bida », innovation dangereuse.
Avec le temps, le wahhabisme par sa réaction à l’empire ottoman apparaîtra aux yeux du monde arabo-musulman comme une doctrine anticoloniale, et fera florès lors de la naissance des nations arabes après l’effondrement de l’empire ottoman.
Par sa valeur « émancipatrice » il redonnera vie au salafisme dont il n’était qu’une variante, mais surtout il servira d’armature idéologique à l’islâm radical politique des « frères musulmans ». Cela dit, il ne faudrait pas confondre les frères Musulmans et le wahhabisme, car cette Confrérie est très hétéroclite, utilise le salafisme comme d’autres courant (soufisme) uniquement dans un but de prise de pouvoir, (de rétablissement du Califat et d’application de la charia), et n’est pas trop regardante sur l’orthodoxie de ses membres.

Certes l’acharisme n’est pas le wahhabisme. Mais comment se distinguer de mouvements qui possèdent les mêmes fondements doctrinaux, dont les différences ne sont que dans les applications plus ou moins souples ou plus ou moins rigides. Comment condamner des mouvements sans soi-même se condamner ?
D’où le silence gêné des musulmans sunnites muselés par l’asharisme face aux débordements des salafistes et autres musulmans radicaux. Certes, ça et là des Imams courageux dénoncent l’islâm des terroristes, des intellectuels musulmans vont même prendre des risques vitaux à les dénoncer ... mais ce sont des exceptions, voire des marginaux se réclamant du soufisme ou d’autres formes en dérivant. Celui qui suscite des applaudissements, c’est Tariq Ramadan homme habile qui sait très bien naviguer entre un asharisme de bon aloi et un salafisme radical selon ses auditeurs.
En fait l’islâm est paralysé par le verrou de l’asharisme qui a plongé le monde musulman dans une schizophrénie culturelle magistralement décrite par Daryush Shayegan. Tant que les intellectuels musulmans ne reviendront pas sur les questions posées par les Mutazilites cet état de choses continuera ...
Le défi est posé, le monde musulman va-t-il continuer à s’involuer en marge de la modernité, de la mondialisation avec tous les risques d’implosion à plus ou moins court terme ; implosion dont les dégâts socio psychologiques seraient incalculables, catastrophiques pour plus d’un milliard d’individus ? Ou bien l’islâm va-t-il procéder à une réforme nécessaire qui abolisse la Charia, renonce aux prétentions coraniques à régenter la vie sociale, politique, culturelle ? Déjà des voix saoudiennes conscientes que la manne pétrolière va se tarir en appellent à une révision des dogmes fondateurs mais seront-ils entendus à temps ?

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30 octobre 2009

"Le verrou de l’Asharisme", par Bernard Botturi, 2/3 : choc des civilisations et réaction


Le choc des civilisations :
Rappelons que l’empire arabe avait annexé des villes prestigieuses : Damas, Antioche et Alexandrie, foyers de grandes traditions théologiques chrétiennes et dépositaires de la science helléniste ; Nisibe, Soura, Poumbedita, Mahoza, Bassora, Bagdad, où se situaient les grandes académies juives qui ont finalisé le Talmud, élaboré le Midrash Rabba, les grands corpus halakhiques. Les nouveaux membres de l’Empire, ne voulant point renoncer à leur culture d’origine, se mirent à traduire leurs livres, notamment ceux de la culture grecque et helléniste : Platon, Aristote, Plotin, Proclos, Porphyre, Théophraste, etc. La diffusion de la culture grecque suscita un engouement dans l’ensemble de la communauté musulmane, engouement qui, dans ses applications, remettait profondément en cause l’ordre islamique.

La querelle mutazilite :
Le mouvement qui formalisa de façons diverses l’intégration de la philosophie grecque à l’islâm et menaça les fondements de la Sunna fut l’école mutazilite.
Le point de départ fut l’affirmation du libre examen personnel et celui qui lui est corrélatif, le principe du libre arbitre. Les Mutazilites commencèrent à remettre en question les attributs anthropomorphique de Dieu présents dans le Coran (mains, pieds, yeux, oreille, bouche, visage, etc.), en effet si Dieu est « l’Un » absolu, transcendant à tout ce qui est créé, auquel on ne peut rien attribuer qui relève de la création, alors ces attributs doivent être interprétés de façon symbolique, allégorique. La nature de Dieu, parce que transcendante, est inconnaissable, son essence est ineffable on ne peut connaître Dieu que par son existence, ses manifestations ; de sa quiddité on ne peut rien dire, mais en revanche il est possible de parler de sa quoddité en tant que Dieu Créateur. Dieu en tant qu’essence transcendantale, spirituelle ne peut être vu, la vision béatifique promise est à comprendre de façon symbolique, nul ne peut voir Dieu.
Parce que Dieu est l’absolu auquel on peut rien associer, le Coran parce que parole et écrit relevant de la matérialité ne peut être incréé, il s’agit d’une parole, d’écrits créés. Cette affirmation fut une bombe dans le monde musulman, car cela entraînait le fait qu’il ne pouvait y avoir d’égalité, d’identité entre le Coran et la pensée divine ; la pensée divine ne pouvait être prise par un texte, résider dans un texte, le vouloir dire divin était au-delà de l’écrit, insaisissable, donc pour comprendre le vouloir dire divin il est nécessaire d’interpréter le texte, de le casser en tant que texte pour l’ouvrir à diverses possibilités de significations.
Thèse qui ouvre bien sûr la voie au libre examen. Mais le libre examen n’est possible que s’il y a libre arbitre, ce qui allait contre la thèse de prédestination contenue dans le Coran. Pour les Mutazilites, Dieu étant le bien souverain ne peut vouloir le mal, le mal ne peut être que l’oeuvre des hommes, donc l’homme a reçu de Dieu la faculté de poser des actes libres. Si l’homme a été créé libre, alors il est responsable de ses actes et devra en répondre dans l’au-delà.
Thèse qui va à l’encontre du fidéisme du Coran qui promet à tout croyant le paradis, quelle que soit la nature de ses actes. Mais si l’homme est capable d’actes justes, généreux, l’infidèle qui pose de tels actes peut-il être condamné à l’enfer éternel ? Ses actes parce que justes ne font-il pas de lui un musulman en tant qu’observant les prescriptions de justice divine ? Thèse qui remettait en cause une des affirmations mille fois répétées dans le Coran à savoir que le non musulman est voué à l’enfer.
Les diverses thèses Mutazilites furent perçues non seulement comme une subversion de l’islâm, mais aussi comme une remise en cause de l’omnipotence du Califat et de l’autorité de la Sunna (règles de conduites dérivées du Coran, des Hadiths, des Khabars, des Fiqhs adoptées par consensus par les imâms, Muphtis et Ulémas).
La réaction fut aussi radicale que sanglante, l’orthodoxie sunnite s’appuiera sur une union de l’école hanbalite et de celle de « l’Asharisme ».

L’Asharisme :
Du nom d’Abu Hassan Al Ashari (874 - 935) fut l’école qui servit de réfutation du Mutazilisme. Ashari, face à la déferlante mutazilite, va réhabiliter la doctrine traditionnelle par un retour au Coran et à l’enseignement des Compagnons du Prophète. Il va détruire l’exégèse allégorique et symbolique, en insistant sur le fait que le Coran est la consignation / transmission de la parole même de Dieu, oser toucher à la lettre est un blasphème. Il réaffirmera le Coran comme parole de Dieu incréé, éternelle, immuable ; les seuls éléments créés du Coran sont les lettres tracées et l’encre dont il a été écrit.
Dieu est créateur du Bien et du Mal, l’homme n’a aucun pouvoir de libre arbitre, tous les actes qu’il peut poser sont créées de toute éternité par Dieu, dès sa naissance l’homme est prédestiné, il ne peut que s’attribuer des actes (les actualiser) mais ne pas les choisir (car ils sont tous potentiellement créés par Dieu), cette attribution le rend responsable aux yeux de la loi. Tout ce qui se déroule sur Terre est le fruit de la Volonté divine.
La volonté divine face au musulman pécheur est totalement libre pour l’absoudre ou non, les actes ne peuvent prévaloir sur la foi, aucun acte n’est méritoire face à la délibération divine. Même l’intercession du Prophète n’est possible que par une volonté gracieuse de Dieu.
Le libre examen est proprement diabolique car c’est mettre sur le même plan la raison humaine et la pensée divine, la raison est au service du Coran et de ses affirmations qui prévalent sur toute autre démonstration scientifique ou faits établis par la raison.

La réaction de l’asharisme va durablement figer l’islâm sunnite :
L’exégèse :
Le Coran tenu une fois pour toute, par les musulmans, comme un texte révélé par Dieu même à Mahomet, par l’intermédiaire de l’ange Gabriel. C’est un texte descendu directement de la sphère divine, c’est un acte divin sans participation active quelconque du récepteur (Mahomet) qui le reçoit tel quel. Mahomet reçoit le Coran comme un dépôt auquel il n’ajoute rien, Dieu est l’auteur unique du Coran jusque dans les choix de la langue et des mots. À partir du moment où le Coran est considéré comme dépôt de la parole même de Dieu et fixé une fois pour toute dans sa réception, cela barre l’accès à toute exégèse critique, que ce soit critique textuelle, littéraire ou historique.De fait, ce qu’on nomme exégèse musulmane déroute tant les Juifs que les Chrétiens. C’est une exégèse que l’on peut qualifier de traditionaliste. L’interprétation du Coran se fait par le Coran lui-même, lorsqu’il y a contradiction c’est le verset le plus récent qui prime voire abroge un verset plus ancien. C’est ainsi que bien des versets de l’époque mecquoise sont abrogés par des versets médinois, etc. En cas de difficultés il sera fait appel à des hadiths notamment à ceux compilés par Bukhari, Ibn al-Hallaj. Bref quand nous avons affaire à la « science Coranique » nous sommes dans un monde clos, figé car la vérité fut révélée une fois pour toute, vérité qui primera sur tout fait et toute élaboration personnelle si rationnelle soit-elle ... Dieu étant la vérité, le Coran émanation divine ne peut être réfuté dans son moindre mot, car ce serait réfuter la Vérité. Le texte du Coran donne un primat redoutable à un « Vouloir dire » barrant la route à tout « Pouvoir dire » considéré comme innovation dangereuse.

Politique :
L’infinie liberté divine et sa toute puissance font de Dieu l’agent du cours du monde, tout est volonté divine, ce qui légitime tout despotisme, le pire des tyrans est voulu par Dieu, ses décrets les plus iniques sont créés par Dieu.

Scientifique :
Tout est dans le Coran, la science ne peut que développer que ce qui est dans le Coran, mais certainement pas le contredire ou ajouter des nouveautés ; cela donne par exemple des ouvrages aussi bizarres qu’ahurissant dans son concordisme « la Bible, le Coran et la science » de Maurice Bucaille (Éditions Seghers -1976). Ce qui explique aussi depuis la victoire de l’Acharisme aux XI° et XII° siècle, le déclin scientifique du monde musulman, puis son retrait des diverses découvertes scientifiques. En ce moment, cela se remarque par la faiblesse de la contribution des pays musulmans à la science, le faible taux de traductions de livres étrangers et de revues scientifiques.

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28 octobre 2009

"Le verrou de l’Asharisme", par Bernard Botturi, 1/3 : de la conquête à l’établissement de la Charia

Bernard Botturi

J’ai eu la chance de faire la connaissance de Bernard Botturi grâce à FaceBook, mon réseau comprenant maintenant plus de 400 personnes dont des journalistes, écrivains, personnalités politiques ... et intellectuels indépendants comme lui ! En fait, il est un peu « inclassable », et comme moi il a eu un métier sans rapport avec ses passions. Diplômé en psychologie clinique et en neuropsychologie, il a fait toute sa carrière dans le domaine médico-social. Mais il a aussi obtenu de nombreux diplômes dans des domaines aussi différents que l’épistémologie des sciences physiques et mathématiques, l’histoire de l’antiquité et la philosophie, option ... « civilisations musulmanes » ! C’est bien sûr sur ce sujet que nous-nous sommes retrouvés. Actuellement à la retraite, il prépare un livre sur ce sujet, et il a écrit ce long article intitulé « le verrou de l’Asharisme », dont il a bien voulu accepter la publication ici. Un texte long, exigeant, loin des articles superficiels que l’on peut lire ici ou là !
Je l’ai divisé en plusieurs parties, afin d’en faciliter la lecture.

L’islâm à conquête du monde :
À partir de l’an 634, le second calife Omar I° (calife de 634 à 644) lance les troupes arabes à l’assaut du monde environnant. L’empire Sassanide s’effondre, les provinces Byzantines de Syrie, d’Égypte, d’Arabia sont annexées. À sa mort il laisse un empire qui comprend la Cyrénaïque, l’Égypte, la péninsule arabique, la Syrie, l’Arménie, le Caucase, l’Iraq, la Perse. Après diverses guerres de succession, les Califes de la dynastie Omeyyades (661 à 750) vont continuer l’expansion de l’Empire qui ira de l’Espagne aux portes de la Chine et de l’Inde.

La construction de l’idéologie impériale :
Dès la mort de Mahomet, l’islâm va être secoué par de multiples guerres internes. Le premier Calife Abou Bakr avait du lutter pour éviter l’apostasie des Arabes. Son successeur, Omar, fut assassiné dans des circonstances sombres, de même Uthman le troisième Calife, et le dernier des califes dits « légitimes » Ali en 661.
Lorsque Muawiya I° fonde la dynastie des Omeyyades, l’islâm va connaître des grandes dislocations : les Kharidjites rejettent l’autorité des Califes, puis en 681 se crée le schisme Chiite. En 750, Abou Al Abbas fait massacrer le clan des Omeyyades, le seul survivant ira se réfugier en Espagne. Ce massacre signe la dislocation de l’Empire en trois califats : Abbasside (Syrie, Iraq, Iran, Arabie, Arménie, Caucase, Pakistan, Afghanistan, Kirghizie, Ouzbékistan), Fatimide (Égypte, Cyrénaïque, Soudan), Omeyyade (Espagne) et d’autres royaumes : Aghlabides (Algérie, Tunisie), Idrisside (Maroc). Nouveaux états aux frontières changeantes selon le sort des armes, qui peu à peu céderont le pouvoir aux Seldjoukides puis aux Ottomans.

Un Coran officiel :
Les turbulences du pouvoir ont amené les Califes (cumulant pouvoir temporel et religieux) à stabiliser l’islâm. Le premier artisan fut Uthman, qui établit une première recension officielle du Coran par ordre de longueur des Sourates. Dans la foulée, il fait brûler toutes autres variantes ou versets et sourates déclarés suspects ; cette compilation officielle fut contestée par les partisans d’Ali, qui feront plus tard le schisme chiites et qui clameront que le Coran de Mahomet était trois fois plus important que le Coran officiel. Et c’est seulement en 943, sous le Califat Abbasside de Al Muttaqi, que s’impose le Coran que nous connaissons établi par Ibn Moujahid.

La consolidation de la Sunna par les Hadiths :
Une fois le Coran stabilisé, il fallait en faire une lecture officielle afin de créer une tradition orthodoxe (Sunna) ; pour cela les Califes eurent recours aux Hadiths (témoignages d’un événement ou d’une parole lié au Prophète ou à ses Compagnons de la première heure). Les Hadiths permettent d’argumenter tel ou tel verset du Coran, d’y éclaircir des contradictions des points obscurs, et surtout à partir d’eux pourront s’établir les traités théologiques, juridiques, les règles éthiques s’imposant à tous. Les Hadiths auront une légitimité aussi grande que le Coran et l’un et l’autre se légitimeront de façon réciproque. Là aussi il a fallu faire un tri officiel des Hadiths. Le Calife Al Mutamid demanda à plusieurs savants d’établir des recueils officiels. Deux recueils devinrent la base de la tradition officielle (la Sunna) établi l’un par Al Bukhari (810 - 870), l’autre par Muslim ibn Al Hajjaj (819 - 875). Ces deux recueils éliminèrent les différents hadiths qui, d’une manière ou d’une autre, pouvait remettre en cause le pouvoir du Califat et des dizaines de milliers de hadiths (certain parlent de deux cent mille hadiths) circulant n’en furent retenus qu’à peine 10 000 si l’on cumule ceux retenus par les deux auteurs. Les Hadiths sont classés par thèmes, permettant de traiter l’ensemble de la vie religieuse, sociale, économique, intellectuelle, privée. La lecture de la table des matières du recueil de Bukhari donne le vertige, toute la vie humaine est passée au crible de façon hyper scrupuleuse, avec un flot continu de permis et d’interdits. Ces hadiths permettront l’élaboration d’une doctrine totalitaire et réactionnaire au sens propres des termes : tout est remis entre les mains du Calife chef absolu, guide de la vie spirituelle et temporel et tout nouveau problème doit toujours être résolu en référence à ce qui fut. Le retour au passé source de la Vérité sera la voie de réponse à tout et pour tout.

Un Mahomet officiel :
Mahomet apparaît très vite comme étant le modèle du croyant, donc il était nécessaire de faire une biographie (Sira) officielle qui ne puisse que conforter le despotisme des Califes et le conservatisme de la Sunna. Il existait une première biographie (Sira) de Mahomet rédigée en 750 par Ibn Ishaq, mais celui-ci était d’une part Shiite et d’autre part partisan du libre arbitre, ce qui était absolument réprouvable pour les Califes Abbassides. Sa biographie fut révisée par Ibn Hisham (mort en 834) et éditée en 830 ; bien entendu cette Sira est conforme à la Sunna naissante. Au fur et à mesure que les corpus des hadiths se stabilisaient, la Sira du Mahomet fut reprise par Al Waqidi, Ibn Sad et enfin par Jafar al Tabari (829 - 923). Tabari, savant féru de la science du Hadith et du droit islamique, établira une Sira en accord avec la Sunna, Sira qui sera la source de toute une légende dorée au service de l’édification des fidèles dans les prescriptions de la Sunna.

Des lois une fois pour toute :
Le Coran, les Hadiths, la Sira étant maintenant revêtus du sceau de « l’authenticité » officielle, il était nécessaire d’en déduire des lois qui puissent donner au gouvernement des Abbassides un pouvoir indiscutable.

La Charia :
La charia ou « voie droite » fut élaborée par le recueil des divers versets coraniques et hadiths contenant des prescriptions juridiques et éthiques. Ce corpus ne pouvait répondre aux exigences de l’empire de façon satisfaisante, en effet en même temps que des territoires étaient annexés, les conquérants durent faire face à des institutions, des lois spécifiques, des moeurs propres aux peuples colonisés ; cette rencontre mis les juristes face à des situations non prévues par la Charia et auxquelles il fallait bien répondre afin d’asseoir l’islamisation de la société. Les divers Califes abbassides commandèrent aux juristes des codes de jurisprudence afin de pouvoir faire appliquer de façon rigoureuse l’ordre islamique dans l’ensemble de la vie sociale de l’Empire. Cinq jurisconsultes vont élaborer des Fiqhs (codes de droit musulman) à partir de la Charia ; la charia ou ensemble des préceptes et lois révélée par Dieu au sein du Coran, jusqu’alors n’était considéré que comme un droit purement théorique sans application réelle, laissée à l’arbitraire des juges.

Vont apparaître cinq écoles de droit et de jurisprudence :
L’école Malékite, fondée par Malik Ibn Anas (715 - 795)
L’école Hanéfite, fondée par Abou Hanifa (mort en 797)
L’école Chaféite, fondée par Al Chafï (mort en 820)
L’école Hanbalite, fondée par Ahmad Ibn Hanbal (780 - 855)
L’école Zâhirite, fondée par Dawud ben `Alî al-Isfahânî (815 - 884).
La rédaction de ces codes va commencer à partir du VIII° siècle pour s’achever au IX° siècle. De ces cinq écoles ne subsisteront que les 4 premières, l’école Zâhirite n’ayant été adoptée que par les seuls Califes almohades (dynastie musulmane d'origine berbère qui domina l'Afrique du Nord et l'Espagne aux XIIe et XIIIe siècles), alors que les 4 premières resteront en vigueur jusqu’à maintenant avec des fortunes diverses. Tout théologien de la Sunna se réfère au moins à l’une de ces écoles, afin d’éviter la domination d’une école sur l’autre, la Sunna ayant toujours eu soin d’établir une tradition du « juste milieu » excluant les positions extrêmes contradictoires. Au fil du temps l’influence des écoles s’est répartie de façon géographique :
L’école Malékite, principalement établie dans le Maghreb et dans l’Afrique noire.
L’école Hanbalite, présente dans l’Arabie Saoudite, prend une place qui dépasse largement son aire géographique d’origine notamment par l’influence des saoudiens et des frères musulmans dans le monde islamique.
L’école Hanéfite, prédomine en Turquie, Pakistan, Afghanistan et Chine.
L’école Chaféite ; s’est imposée en Égypte, Indonésie, Malaisie.
Les divers Fiqhs que l’on nomme hâtivement Charia, divergent essentiellement quant à la place du jugement personnel du juriste, ouvrant plus ou moins la voie à des casuistiques permettant d’atténuer la sanction encourue, en la contextualisant dans les circonstances et par la recherche des différentes causes liées à ces circonstances. Mais tous les Fiqhs se référent à la Charia en tant que corpus de lois intangibles, irréformables car issues de la volonté divine même.

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26 octobre 2009

Jacques Attali et l’antisémitisme, par Gérard Akoun


Le « Haaretz » a publié, dans son édition du 16 octobre, une interview de Jacques Attali dans laquelle il déclare à propos de l’ampleur de l’antisémitisme en France, je cite « c’est un non problème, ce n’est pas un problème au niveau national, c’est un mensonge, je pense qu’il s’agit de propagande, de propagande israélienne » fin de citation.
On peut s’étonner d’une telle déclaration de la part d’un connaisseur aussi avisé de la société française, il ne peut ignorer la multiplication des actes antisémites, qu’il s’agisse de menaces verbales ou d’exactions plus ou moins graves que subissent des membres de la communauté juive.
La France n’est pas antisémite, il n’y a pas d’antisémitisme d’état, ce sont des évidences et Jacques Attali, présenté par le journaliste comme « un intellectuel juif français arrivé d’Algérie à l’age de douze ans », n’a pas tort de se donner en exemple de réussite et d’intégration dans la société française des juifs rapatriés d’Algérie, même si, sa modestie dut-elle en souffrir, elle soit assez exceptionnelle. Mais dans l’ensemble, les juifs sont bien intégrés dans la société française, et - bien que cela n’ait pas été facile pour la grande majorité d’entre eux -, ils ont eu des réussites remarquées dans les différents secteurs sociétaux, qu’ils soient économiques, culturels ou même politiques.
Pourquoi des lors, au sein de la communauté juive, ressentir une inquiétude que semble ignorer Jacques Attali ? Il se garderait autrement d’affirmer, je cite « Des juifs français achètent des appartements en Israël comme des anglais achètent une maison dans le sud de la France, pour les vacances » fin de citation. Pour les vacances bien sur, mais aussi parce qu’on ne sait jamais ... les juifs ont été suffisamment échaudés !
Deux raisons à cette inquiétude, la première l’antisionisme, la seconde une forte communauté musulmane en mal d’intégration.
La première, l’antisionisme, nouvel avatar de l’antisémitisme : on n’est plus antisémite, on est antisioniste, c’est tellement plus progressiste ! On est contre Israël, contre sa politique envers les Palestiniens, on tente de boycotter les produits qui ont le label israélien ; l’extrême gauche, le Parti Communiste, les Verts lancent des appels en ce sens, et on voudrait aussi boycotter dans les instances internationales, les chercheurs et les intellectuels israéliens, qui le plus souvent sont opposés à la politique de leurs gouvernants. Tout le monde a le droit, bien sur, de critiquer Israël, de manifester contre sa politique, mais, comme par hasard, ce combat ne s’élargit pas à d’autres pays. On ne condamne pas, on ne boycotte pas, on ne manifeste pas, ou si peu, contre le traitement que la Chine fait subir aux Tibétains, aux Ouïgours, la Russie aux Tchétchènes, le Soudan aux habitants du Darfour, certains pays d’Europe centrale à leur tziganes et la liste n’est pas exhaustive. Bizarre, non ?
La seconde raison, une communauté musulmane importante, dix fois plus importante que la communauté juive, cinq à six millions de personnes, travaillée par des extrémistes islamiques qui font des juifs les responsables des difficultés de son intégration, en puisant dans un Coran mal digéré des arguments pour justifier leur antisémitisme. Il faut bien parler d’un antisémitisme musulman contrairement à Jacques Attali, certes différent de l’antisémitisme chrétien, mais qui puise souvent ses clichés aux mêmes sources. La quasi totalité des écrits antisémites se trouvent sur les rayons des librairies du proche et du Moyen Orient et sur Internet. Il suffit qu’une minorité au sein de la communauté musulmane française, 1% cela fait 50000 personnes, soit contaminée par cette prose ou par le discours de certains prêcheurs en eau trouble pour rendre la vie des juifs très difficile dans certains quartiers, dans certains établissements scolaires sur tout le territoire national.
Certains juifs s’interrogent, dans l’immédiat, non pas sur leur propre avenir en France, mais sur celui de leurs enfants, la tentation de l’Alyia existe, mais l’inquiétude sur la situation d’Israël aussi. Les juifs sont partagés, mais pour le moment dans leur grande majorité, ils ont confiance dans les pouvoirs publics, et dans l’action qu’ils mènent pour défendre les valeurs de la République.
Les propos de Jacques Attali surprennent, s’est il fait piégé par les journalistes du « Haaretz », comme Alain Finkielkraut précédemment ? Ce n’est pas impossible.

Gérard Akoun
Judaïques FM 94.8, le 22 octobre 2009

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24 octobre 2009

Une enfance brisée au pays des Ayatollahs : Firouz Nadji-Ghazvini sera mon invité le 1er novembre


Dimanche prochain, nous allons parler à nouveau de l’Iran aujourd’hui, mais en laissant de côté la crise du nucléaire, les menaces de guerre avec Israël, la géopolitique, bref tout ce dont vous entendez parler depuis des années sur la fréquence juive. Nous allons penser surtout au peuple iranien, et à l’oppression épouvantable qu’il subit dans la République Islamique. Pour en parler, j’ai choisi comme invité un intellectuel iranien en exil, Firouz Nadji-Ghazvini. Il est né sous le règne du Shah, dans une famille plutôt aisée puisque son père était général et qu’il a fait ses études en Europe. Revenu en Iran, il a très vite été passionné de littérature, de poésie surtout, il a publié très jeune des recueils de poèmes qui ont été censurés par le régime de l’époque. Mais ce n’était rien à côté de la République Islamique qui allait prendre le pouvoir en 1979, et là, suite au renversement de Chapour Bakhtiar qui avait plutôt sa sympathie, il a pris le chemin de l’exil. Il a même milité à Paris dans l’entourage du malheureux Bakhtiar, assassiné en 1991 par un commando de tueurs commandité par les Ayatollahs. Il ne lui reste que des souvenirs dont il a fait des romans, « Neige sur Téhéran » et « Les anges ne reviendront pas », publiés aux éditions Denoël. Nous allons parler de son dernier roman « Le Trèfle bleu », publié aussi chez Denoël, qui est un petit livre d’environ 150 pages que l’on lit un peu comme un conte de fées, puisque l’héroïne est une enfant ; mais c’est un conte de fées bien triste parce qu’il finit avec la mort de cette enfant de 12 ans ; et puis hélas, pas seulement un conte, puisqu’il est inspiré d’un fait réel. Le livre décrit, au travers les yeux d’une toute jeune adolescente, l’atmosphère étouffante d’une petite ville des bords de la Mer Caspienne : dans les vitrines, les mannequins en plastique dont on retire les seins, les produits de maquillage retirés des rayons, l’enterrement dans la cour de l’école des ossements de « martyrs » de la guerre d’Irak, et les discours hypocrites de tous les Iraniens, qui surenchérissent à cause de la terreur ...

Parmi les questions que je poserai à Firouz Nadji-Ghazvini :

- Quand s’est passé ce fait réel et tragique, l’histoire une jeune fille de 12 ans violée par des miliciens Bassidjis, et qui a été exécutée après avoir été jugée comme prostituée ?
- Quelles sont lois de la Sharia imposées aux femmes du pays par ce régime totalitaire ? A quel âge sont-elles considérées comme majeures, donc pouvant être épouses contre leur volonté ?
- Dans son livre est évoquée une amie juive de l’héroïne, Atafeh, une petite juive exilée avec toute sa famille après la révolution islamique : l’auteur évoque le silence de plomb après leur départ ; que savent les Iraniens de cet exode massif de leurs anciens compatriotes ?
- Que pense-t-il de la demande de Téhéran d’échanger la malheureuse universitaire Clotilde Reiss contre l’assassin de Chapour Bakhtiar ?

Soyez nombreux à l’écoute dimanche prochain 1er novembre !

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23 octobre 2009

« Moyen-Orient : Le Loup et l’Agneau » par Michel Gurfinkiel


Michel Gurfinkiel est un chroniqueur et journaliste de grand talent, dont beaucoup de mes lecteurs connaissent le blog (voir en lien permanent). Je ne partage pas toutes ses analyses, et en particulier son soutien régulier à toutes les « droites » (qu’elles soient américaine, européennes ou israélienne) ; et j’ai eu l’occasion de m’en expliquer avec lui, fort courtoisement, lors d’une interview diffusée au début de cette année (podcast à écouter sur le site http://jean.corcos.free.fr). Cependant, je ne peux qu’applaudir des deux mains à cet article, remarquablement documenté sur le soit-disant « Droit au retour » des réfugiés palestiniens, qui aurait une base légale du fait d’une résolution de l’Onu : il s’agit pour moi de LA question fondamentale empêchant toute avancée diplomatique, contrairement à ce que dit le « politiquement correct », qui se focalise sur les implantations israéliennes en Cisjordanie ; une demande récurrente, pour laquelle l’Autorité Palestinienne n’a pas bougé d’un millimètre, quelles que soient les gouvernements de Jérusalem, de Yasser Arafat à Mahmoud Abbas et ce depuis l’ouverture des négociations ; et qu’il faut enfin voir en face, et savoir rejeter fermement avec des arguments solides : merci à Michel Gurfinkiel !

La résolution 194 de l’Onu passe pour fonder le « droit au retour » des Palestiniens. Surprise : en fait, elle dit exactement le contraire. Mais l’Onu ne relit plus ses textes.

« Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront noir ou blanc ... », disait La Fontaine dans Le Loup et l’Agneau. C’est vrai, aujourd’hui comme hier, des tribunaux civils ou criminels. Et des assemblées qui prétendent arbitrer entre les nations.

La résolution 194 de l’Assemblée générale des Nations Unies, adoptée le 11 décembre 1948, passe pour fonder le « droit inaliénable du peuple palestinien au retour dans sa patrie ». Or il suffit de lire cette résolution - et plus précisément le paragraphe 11, le seul qui traite, en fait, de la question des réfugiés - pour constater qu’elle dit le contraire. Voici le texte authentique, tel qu’on peut le consulter dans n’importe quel ouvrage spécialisé - ou sur internet : « L’Assemblée générale résout que les réfugiés qui désireraient retourner dans leurs foyers et vivre en paix avec leurs voisins puissent être autorisés à le faire dès que possible, et que ceux qui choisiraient de ne pas rentrer puissent être indemnisés pour la perte ou la détérioration de leurs biens par les gouvernements ou autorités responsables, conformément aux principes de la loi internationale et en équité. »

Première observation : l’Assemblée générale ne fait qu’exprimer un souhait. Elle obéit, ce faisant, à la Charte des Nations Unies, qui distingue entre les résolutions de l’Assemblée, non contraignantes, et celles du Conseil de Sécurité, qui le sont. A supposer que le paragraphe 11 ait effectivement préconisé le retour sans condition des Arabes palestiniens ou de leurs descendants dans leurs foyers d’avant 1948 - ce qui n’est pas le cas -, Israël aurait donc parfaitement pu de ne pas en tenir compte.

Deuxième observation : l’Assemblée ne précise pas si les réfugiés sont juifs ou arabes. Elle sait en effet, au moment où elle passe la résolution 194, que des déplacements de population se produisent dans les deux communautés de Palestine, que certains pays arabes ou islamiques sont en train d’expulser leurs populations juives, et que selon toute vraisemblance des expulsions analogues se produiront dans d’autres pays arabes ou islamiques à brève échéance (Selon les estimations communément admises, près de 700 000 Arabes palestiniens auraient été déplacés pendant le conflit de 1947-1948. En regard, plus de 1,5 million de Juifs auraient été déplacés en Palestine même ou expulsés du monde arabe et islamique des années 1920 aux années 1980.)

Troisième observation : l’Assemblée lie tout retour de réfugiés, arabes ou juifs, au désir de « vivre en paix avec les voisins ». Ce qui exclut ceux qui, parmi les personnes déplacées, prétendraient rentrer dans leurs anciens foyers afin de poursuivre la guerre ou toute autre activité hostile ou subversive. Remarque de pure forme ? Non, précision importante. Les pays arabes ont en effet affirmé, dès l’été 1948, que le retour éventuel des réfugiés arabes ne serait qu’un moyen d’annuler la victoire militaire d’Israël, et de détruire cet Etat. Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Muhamad Salah al-Din, a présenté cette stratégie avec une remarquable clarté dans une interview au quotidien Al-Misri, le 11 octobre 1949, onze mois après l’adoption de la résolution 194 et huit mois environ après la signature des armistices israélo-égyptiens de Rhodes : « Chacun sait et comprend que les Arabes, quand ils exigent le retour des réfugiés en Palestine, veulent que ces derniers rentrent chez eux en maîtres du pays et non en esclaves. Pour être tout à fait clair, ce retour signifie la liquidation de l’Etat d’Israël ».

Quatrième observation : la résolution 194 ne parle pas d’un droit au retour collectif mais de droits individuels. Et pour cause : le retour global de populations déplacées au cours de conflits ou d’autres crises n’est pas un droit au regard de la loi internationale, c’est à dire un principe à la fois absolu, dont la violation constituerait un crime, et universel, s’appliquant à n’importe quelle population. Parce qu’il serait inapplicable. La question a été définitivement réglée, en termes théoriques, par la Convention internationale sur les Droits civils et politiques, adoptée en 1966. Ce texte réaffirme, à la suite la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, que « nul ne peut être arbitrairement privé de son droit de rentrer dans son pays ». Mais Stig Jagerskiold, l’un des commentateurs faisant autorité, note, dans une étude parue en 1987 : « Ce droit ne s’applique qu’à des individus faisant valoir leurs droits individuels. Il n’y a jamais eu ici aucune intention de répondre aux demandes des masses humaines qui ont été déplacées par suite d’une guerre ou d’un transfert politique de territoire ou de population, tels que la transplantation de populations ethniquement allemandes d’Europe de l’Est pendant et après la Seconde Guerre mondiale, la fuite des Palestiniens de ce qui allait devenir Israël, où l’exode des Juifs des pays arabes. Quels que soient les mérites de diverses revendications "irrédentistes", ou ceux des masses de réfugiés qui désirent retourner dans les pays où ils ont vécu originellement, la Convention ne traite pas de ces problèmes, et ne peut être invoquée pour asseoir un "droit au retour". ».

Peut-on être plus clair ? Pourtant, l’idée que la résolution 194 a reconnu le « droit au retour » des réfugiés arabes palestiniens s’est imposée dans les esprits. Pour de simples raisons numériques : à l’Onu, les Etats islamiques et ceux qui les soutiennent automatiquement sont majoritaires depuis la fin des années 1960 ; dans l’économie mondiale, le poids des pétrodollars arabes ou iraniens n’a cessé de croître ; démographiquement, le monde islamique et le tiers-monde l’emportent sur le monde dit occidental ; au sein même d’un Occident en régression, les minorités issues du tiers-monde ne cessent de se renforcer. Que pèse Israël, face à de tels arguments ? Et que vaut encore le droit ? La Fontaine avait bien raison : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vont rendront noir ou blanc ».

© Michel Gurfinkiel, 2009

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21 octobre 2009

Plus de 11 % des visiteurs de mon blog viennent du Maghreb !


Comme l’ont remarqué les lecteurs réguliers, des dizaines de petits drapeaux s’empilent en partie droite de la page d’accueil et donnent, pays par pays, le total des visites - depuis le 6 mars 2006 précisément, date à laquelle j’ai implanté le logiciel "neoworx". La répartition entre visiteurs d’origine s’étant maintenant bien stabilisée, voici quelques informations intéressantes (calculs faits à partir des données de ce jour, 21 octobre) :
- sur un total de près de 149.000 visiteurs, moins des deux tiers venaient de France, et plus de 35 % de pays étrangers ;
- l’ordre pour les visiteurs étrangers semble maintenant immuable : en un la Belgique ; talonnée par le Maroc ; en troisième position la Tunisie ; suivie de près par le Canada, l’Algérie étant à la cinquième place. Pour les cinq suivants, on a, dans l’ordre : les Etats-Unis ; Israël ; la Suisse ; l’Allemagne et le Royaume-Uni ;
- sans surprise, donc, on trouve sur les dix premiers pays étrangers classés ici, trois pays totalement francophones (les anciennes colonies d’Afrique du Nord) ; trois qui le sont en partie (Belgique, Canada, Suisse). Plus surprenant, par contre, le score relativement modeste obtenu en Israël, pays où vivent des centaines de milliers de francophones : décevant pour un blog "juif", mais pas étonnant vu la "concurrence" de nombreux autres blogs de langue française, à la fois plus directement connectés à l’actualité du pays, et - hélas - souvent "faucons" !
- Mais si la langue est donc l’explication principale à ce classement, il n’empêche que je suis heureusement surpris de constater le pourcentage important de visiteurs venus du Maghreb ... Plus de dix-sept mille en environ19 mois, soit le tiers des visiteurs étrangers et plus de 11 % du total !

Heureuse surprise, si on pense à quelques données : ce sont des pays où il ne reste quasiment plus de Juifs ; dans l’un d’entre eux (l’Algérie), les préjugés antisémites ont été cultivés depuis des décennies ; ce sont des états membres de la Ligue Arabe, et donc hostiles à Israël - même si cette hostilité est variable selon le pays, et relativement modérée par rapport aux voisins proches de l’état hébreu.

Alors, comment expliquer ces visites ? Comme je l’ai souvent évoqué ici, l’autre logiciel de suivi ("sitemeter") permet d’identifier le libellé des recherches conduisant à mon adresse : 15 à 20 % ont des motivations antisémites (lire ici). Or, ce type de recherche est minoritaire pour les visiteurs marocains, algériens ou tunisiens, même s’il n’est pas inexistant ... Les recherches portent plutôt sur des sujets intéressant directement l’histoire contemporaine de leurs pays respectifs, avec comme mots-clé : "Oufkir", "Hassan II", "Kabylie", "Bourguiba", "Guerre de Bizerte" ; souvent, ce sont des photos bien publiées ici - et bien placées par "Google" -, qui attirent la curiosité : et celle-ci se traduit parfois par de nombreuses pages ouvertes !

En résumé, quelques milliers de visiteurs n’annoncent pas plus une réconciliation historique qu’une hirondelle ne garantit le printemps : mais le fait qu’un blog intitulé "RencontrejudaïquesFM" ait tant de visiteurs maghrébins est porteur d’espoir, ne serait-ce que parce que, par la magie d’Internet, des publics hostiles peuvent si facilement "lire autre chose" !

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